14/07/2008

L’envolée des prix pétroliers : conséquence de la crise actuelle

 

D epuis août 2007, on nous annonce par voie de presse, bien entendue contrôlée par les grands groupes financiers, une crise immobilière puis une crise boursière ensuite une crise financière ensuite encore une crise alimentaire et maintenant une crise pétrolière, voir un 3ème choc pétrolier. Et si on envisageait tout simplement une crise généralisée du capitalisme, un système qui ne peut plus répondre aux besoins de l’humanité.

  1. Le Rôle de la Chine
  2. Pourquoi les prix s'envolent-ils?
  3. La rente
  4. Mais, d’où vient cette spéculation ?
  5. Les grandes banques au centre de ce casino
  6. Mais pourquoi le pétrole et pas le vent ou le soleil ?

 Faire comme les économistes bourgeois, détricoter toutes ces crises sans y voir des liens entre elles, serait donner raison à ceux qui pensent que « cela va se calmer », que l’économie repartira.

 Lorsqu’on jette un œil sur les chiffres économiques, même si ils peuvent être manipulés, il ne subsiste aucun doute quant à la réalité d’une augmentation rapide de l’inflation et du chômage. Pour l’inflation, le taux officiel admis est maintenant de 5% et le chômage aux USA est de 5,5%, taux au plus haut depuis 4 ans (agence Reuters). La banque mondiale a reconnu au mois de mars que la crise va entraîner une augmentation de 5 millions de chômeurs. Pour la Belgique, le journal l’écho annonçait la semaine dernière une chute importante de la création d’emploi et 8.000 faillites pour 2008.

 Sans vouloir nier le moins du monde que dans un monde fini, les ressources limitées tel que le pétrole s’épuisent dans le contexte d’un système économique qui ne produit pas pour satisfaire les besoins des travailleurs mais pour faire du profit, il faut se poser la question de savoir si c’est bien cette raréfaction de « l’or noir » qui est la cause d’une envolée des prix aussi exponentielle.

Le rôle de la chine

 La version officielle est que face à une demande accrue des pays émergents, la production ne suit par la demande. Le phénomène ne serait du qu’à un décalage de l’offre par rapport à la demande.

 Pourtant les faits ne donne pas raison à cette thèse. " Entre 2003 et 2007, la hausse des cours du brut était forte mais progressive et le prix du baril n'avait pas dépassé le pic de 1979 en valeur réelle " (hors inflation), remarque Pierre Terzian, directeur de la revue Pétrostratégies. " Mais depuis le premier trimestre 2008, l'ascension est tellement fulgurante et les niveaux de prix tellement élevés qu'on peut parler de choc pétrolier ", ajoute-t-il. (trends 10/06/2008).Le baril de brut a mis 5 ans (2003-2007) pour passer de 40 à 90 dollars, donc une augmentation de 50 dollars mais à peine 5 mois pour passer, depuis janvier 2008 à 140 dollars, soit 50 dollars aussi.
 La demande des pays émergents qui est de 2% supplémentaires par an pouvait certes expliquer une hausse de 10 dollars en moyenne par an mais certainement pas une hausse de 50 dollars en 5 mois, c’est à dire 60% d’augmentation. La demande chinoise de pétrole ne s’est pas envolée de 60% !!! Et l’augmentation ne va pas s’arrêter en chemin : Morgan Stanley prévoit un prix de 150 dollars pour juillet, Goldman Sachs un prix de 200 dollars pour fin 2008 et Gazprom, par l’intermédiaire de son directeur prévoit un coût de 250 dollars à brève échéance (l’écho).

 Pour l’EIA, l’agence gouvernemental US pour l’énergie, la demande de la Chine devrait être de 400.000 barils supplémentaires en 2008 mais la demande US, elle devrait chuter de 190.000 barils, chute due principalement à la récession économique qui commence aux USA. Ceci sans compter la baisse de consommation que connaîtra l’Europe. En comparaison avec la demande mondiale  de 84 millions de barils/jours actuellement, la hausse de la demande chinoise ne représentera que 0,5 %. 0,5% de hausse chinoise pour une hausse de 60% du prix au baril, c’est complètement irrationnel dans les faits.

 Il ne faut oublier non plus que les chinois, pour une population de 1,3 milliards d’êtres humains consomment 7 millions de barils/jours et que les USA consomment tous les jours 20,7 millions de barils/jour pour une population de 350 millions d’habitants. Donc tout en étant 4 fois moins, « l’american way of life » consomment 3 fois plus qu’un pays qui ne demande qu’à se développer. De plus, les chinois importent 3,2 millions de barils/jour, soit moins de 50% de leur consommation et les USA 14 millions de barils/jour soit 70%.

 Tout comme les prix alimentaires montent soit disant parce que les chinois veulent mieux manger, les prix pétroliers montent parce que les chinois veulent mieux produire. Aux yeux des capitalistes occidentaux, ce sont de parfaits « salauds » que de vouloir mieux vivre.

 Reste à méditer si le modèle de consommation occidental peut être généralisé à la planète entière. Je suis, personnellement sûr du contraire, mais c’est le sujet d’un autre débat.

 La récession économique du monde occidental entraînera forcément une baisse de la consommation de la part des USA et de l’Europe. La baisse des produits de grande consommation en occident, tous les chiffres concordent pour prouver qu’elle est initiée devrait aussi entraîner une baisse de la production en Chine (30% de la production industrielle chinoise vont à l’exportation) ce qui va induire une baisse de la demande chinoise en produits pétroliers. Sauf, si la Chine se tourne vers son marché intérieur en augmentant les salaires de ses travailleurs.

 Une dernière chose sur la Chine : les chinois ne payent pas un prix final pour les produits pétroliers aussi élevés qu’en occident car ils sont largement subventionnés par l’état. Même avec un prix très haut comme actuellement, les chinois pourront continuer à subventionner le pétrole grâce à leur énorme « bas de laine » étatique : les fonds souverains qui représentent 1700 milliards de dollars et en augmentation de 90 milliards par an. Si les capitalistes occidentaux pensent tué l’économie chinoise avec un pétrole haut, ils se mettent le doigt dans l’œil. Par contre les autres économies asiatiques sont touchées de plein fouet. L’Indonésie, qui pratique aussi la subvention, vient d’annoncer une hausse de 30% des produits pétroliers (France24).

 On peut donc s’apercevoir que cette hausse vertigineuse n’est pas due à la loi de l’offre et la demande dans un contexte « normal » de rapport marchand.

Pourquoi les prix s’envolent-ils ?

 La réponse est comme pour les denrées alimentaires : la spéculation et la rente joue un rôle majeur. Il est clair que le prix maximal d’une matière première est généré par le coût maximal d’exploitation sur le marché. Dans le cas du pétrole, le coût d’exploitation le plus haut est celui des schistes bitumeux du Canada qui s’élèvent à 60 dollars le baril. Il faut y ajouter 30 dollars pour les bénéfices et la prise de risques sur les marchés pour prévoir une baisse inopportune (ces chiffres viennent d’un débat de spécialistes sur France 24 :
http://www.france24.com/fr/20080526-petrole-prix-baril-ch....
 Donc, tous ceux qui ont un coût de production inférieur à 60 dollars voient leur bénéfices augmenter proportionnellement à la baisse de ces coûts. On comprend dès lors un peu mieux le refus des pays de l’OPEP de contribuer à une baisse des prix en augmentant la production (même si la capacité excédentaire est de seulement 2 millions/barils jour actuellement). Ils se constituent, en même temps que les grandes compagnies pétrolières, une rente formidable. Cette rente énorme, à part au Venezuela, ne contribue pas à l’amélioration du sort des travailleurs de ces pays mais à l’oligarchie dominante de ces pays. Au final, il y a un transfert de richesse de la part des travailleurs du monde entier, qui payent le pétrole au prix fort, vers les « dictateurs pétroliers » que sont les compagnies pétrolières et les gouvernements capitalistes en place dans les pays producteurs.

 Il nous faut trouver malgré la rente la différence entre 90 dollars que devrait coûter le baril et les 140 dollars actuels. La réponse se trouve dans la spéculation et la rente.

La rente

 On nous parle de pénurie physique de pétrole mais, comme nous l’avons vu plus haut la capacité de production actuelle peut répondre à la demande. D’autant plus que chaque semaine on découvre de nouveaux gisements. Les schistes bitumeux du Canada et le pétrole lourd de l’Orénoque sont une réserve de 40 ans au rythme actuel à condition que le prix soit supérieur au coût de production (nous l’avons vu plus haut). Il est donc de l’intérêt des pays producteurs et des compagnies pétrolières de maintenir un prix élevé sinon ces gisements seraient inexploitables dans une économie capitaliste qui ne répond pas à des besoins mais au profit.

 Donc les pays exportateurs qui ont plusieurs décennies de réserves devant eux comme  l’Arabie Saoudite, le Canada, l’Irak (sous contrôle US) sont dans la logique de la rente. Ils mettent la main sur leurs ressources et partagent avec les majors, freinent la production car chaque baril valant plus cher, ils font plus de profit par baril à production égale. De plus, en limitant la production, ils l’étalent dans le temps. Ils bonifient leur rente au maximum sur le dos des travailleurs du monde entier. Les rentiers capitalistes ont d’ailleurs des gourous économistes pour exploiter au mieux leur rente tel que Hotteling qui à décrit en 1931 ce que devaient faire les détenteurs d’une rente pour en tirer le maximum.

 Le Venezuela fait aussi partie des pays à grandes réserves mais par sa politique social du pétrole, il contribue à l’amélioration des conditions de vie non seulement de son peuple mais aussi d’autres pays d’Amérique Latine avec les accords spéciaux qu’il prend (pétrole contre médecins avec Cuba par exemple).

 Nous pouvons concevoir qu’une matière première arrive à un prix incontrôlable si elle se raréfie complètement à cause de l’exploitation sans limites des ressources par le capitalisme en vue du profit maximal mais ce n’est pas encore à cela que nous assistons. Faire en sorte que la demande excède l’offre s’appelle : la spéculation.

 La spéculation est une des grandes caractéristiques du système capitaliste lorsqu’il est en crise. A chaque fois la crise fut précédée d’une spéculation effrénée, essentiellement sur les soit disant « valeurs refuges » qui ne sont en définitive que les besoins essentiels des travailleurs : denrées alimentaires, matières premières, énergies et immobilier (logement).

 La crise économique, qui d’abord fait grimper les prix par la spéculation, fait s’effondrer les prix tout aussi vite parce que la demande chute devant l’impossibilité qu’on les travailleurs, subissant la mise au chômage et les restrictions de salaires, à acheter la production. Un bref passage par l’histoire nous permet de s’en rendre compte Il en fut ainsi lors des crises de 1825, 1836 et 1867 sur le coton ou sur la laine; lors des crises de 1847 et de  1857 sur le blé; en 1873, 1900 et 1912 c'est sur l'acier et sur la fonte; en 1907, c'est sur le cuivre; en  1929, c'est sur presque tous les métaux et l’immobilier. En 1973 et 1979 avec le pétrole. Plus près de nous, en 2007, avec l’immobilier US.

Mais, d’où vient cette spéculation ?

 Pour tenter de le comprendre, il faut analyser la situation du monde capitaliste depuis le début des années 1970 date du début de la crise de surproduction. La source réelle du profit dans le capitalisme est dans l’exploitation du travailleur dans le procès de production. Le profit n’étant rien d’autres que du travail non payé extorqué aux travailleurs salariés. En période d’expansion économique (c’est à dire au moment où la capacité d’achat des travailleurs est à son plus haut), les capitalistes peuvent écouler la totalité des marchandises produites et récupérer sous sa forme monétaire le profit au moment de la vente des marchandises. Ce surtravail extorqué aux travailleurs peut dès lors être investit dans des machines, des matières premières et dans les salaires en embauchant plus pour encore exploiter plus. C’est ce que les économistes bourgeois appellent « faire travailler l’argent », comme si l’argent avait le pouvoir de faire de l’argent.

 Mais dans sa soif de profits toujours plus grand, le capitaliste veut exploiter toujours les salariés en augmentant le temps de travail, en diminuant les salaires, en poussant au chômage des milliers de travailleurs. Et, c’est là que la machine se grippe : il ne peut plus écouler ses marchandises car la capacité d’achat des travailleurs a baisser. La masse des capitaux ne peut donc plus être investie dans le processus normal de production puisqu’il ne peut plus vendre la totalité de la production.

 Le capitaliste, et plus spécialement le capital financier qui est devenu parasitaire puisqu’il ne peut plus être investit dans la production (à quoi sert de garder l’argent dans un coffre puisque l’argent qui dort se déprécie de jour en jour), va donc investir ses capitaux dans ce qui est sûr d’être vendu pour un temps : les besoins essentiels. Ils investissent en masse donc, dans les énergies (le pétrole et l’électricité), les denrées alimentaires, les matières premières et le logement (l’immobilier). Cette spéculation s’alimente d’elle même car, l’ensemble du capital disponible, voyant les bénéfices s’accumuler, s’engouffre dans ces bulles. Plus les prix grimpent, au plus les bénéfices montent, au plus il y aura d’investir et au plus les prix grimpent encore (c’est la bulle spéculative) jusqu’au jour où, les prix sont tellement haut que la capacité d’achat des travailleurs ne suit plus et c’est le dégonflement de la bulle avec son cortège de catastrophe comme avec la bulle immobilière US. Entre-temps, un grand nombre de travailleurs se seront retrouvés sur le carreaux : affamés avec la spéculation alimentaire, à la rue avec la spéculation immobilière, avec l’impossibilité de payer ses factures énergétiques avec la bulle pétrolières.

 Les capitalistes, en général, ne raffolent pas de ce type d’investissements car cela est très risqué, ils savent pertinent bien que chaque bulle finit toujours par éclater et au final, de nombreux capitalistes se ruinent. Ils préféreraient assurément rester dans le processus de production qui est nettement moins risqué. Mais dans un monde où seule la concurrence fait loi, que m’importe si l’autre croule, si moi, je garde la tête hors de l’eau, que j’ai amassé assez de profit et de liquidité et que je me suis retiré du casino à temps, je pourrai avec mes liquidités racheter mon « copain » capitaliste, qui s’est effondré, pour un bouchée de pain et être encore plus riche, encore exploiter plus lors de la fin de la crise. Voilà le « credo » du capitaliste !!!

 Depuis 1970 et l’envolée de la masse monétaire due au crédit , la masse des capitaux est telle qu’elle ne peut plus trouver sa place dans la spéculation, ce qui explique la multiplication des bulles spéculatives et de ses éclatements.

 La spéculation n’est donc pas la faute de quelques capitalistes véreux assoiffés de profit travaillant dans une finance dérégulée, comme nous le laisse entendre la presse bourgeoise mais inhérente au capitalisme en crise. Les spéculateurs sont les industriels, les banquiers et les états qui, par les lois de leurs gouvernements permettent la mise en place de loi favorable à la spéculation.

 En voici la preuve dans le cas du pétrole. Cette spéculation est orchestrée par des fonds spéculatifs, des banques et des groupes financiers, qui utilisent le London ICE Futures, le marché à terme du New York Nymex et les échanges interbancaires non contrôlés ou hors cote. Aux USA, la commission de contrôle des échanges et des marchés à termes sur les matières premières fixent les règles sur les marges. Elle permet aux spéculateurs d’acheter des contrats à termes sur le brut au Nymex sur le marché des futures avec seulement 6% du montant de la transaction. Le reste étant du simple crédit (ils empruntent). C’est donc facile à comprendre : avec un cours à 140 dollars le baril, il suffit de posséder 6x1,4 dollars=8,4 dollars par baril « acheté ». Le reste est juste un emprunt qui nécessite un gage tel que actions, titres, immobiliers etc… Il faut donc déjà être riche pour spéculer sur les marchés.

 Imaginons la puissance des grandes banques, des fonds d’investissements, fonds de pensions etc. dans la hausse des prix du baril. Cet "effet de levier" énorme, de 16 contre un, contribue à conduire les prix vers des niveaux follement irrationnels et efface les pertes des banques, occasionnées par les subprime et autres désastres, aux dépens des salariés du monde entier.  Comme ce sont les grandes banques qui prêtent ces sommes fabuleuses, elles renflouent leurs pertes bancaires par l’intérêt perçu sur les prêts qui permettent cette spéculation, rachetant au passage les banques qui ne s’en sortent plus (bear sterns). La boucle est bouclée.
On comprend mieux pourquoi l’explosion des prix depuis janvier date de la crise boursière.

 Le travailleur qui verra son fond de pension s’écrouler lors de l’éclatement de la bulle, se retrouvera sans pension pour assurer sa retraite. Demandez aux salariés d’Enron ce qu’il est advenu de leur paisible retraite. On les a tout simplement spoliés de leur épargne. Ici se pose tout le problème des pensions par capitalisation par rapport aux pensions par répartition. Le but des capitalistes est bien de mettre la main sur ce qu’il n’ont pu extorquer aux travailleurs pendant la production : leur épargne.

 Le plus grave dans la spéculation est que c’est une nécessité pour les capitalistes si ils veulent assurer leur survie dans la crise. Peut-il y avoir un capitaliste assez « charitable » pour ne pas jouer à ce casino qui plonge les travailleurs dans la pauvreté ? Assurément non, il n’a pas le choix : il doit faire fructifier les investissements qui lui sont confier, sinon celui qui lui confie de l’argent retire ses billes et va le placer chez le voisin et, le capitaliste « charitable » fera faillite. C’est la concurrence !!! En cas de crise, lorsque le profit se fait plus rare, l’investisseur doit  prendre celui-ci où qu’il soit et de n’importe quel façon. Le cortège de dérèglement se déplie. Les lois deviennent de plus en plus permissives vis à vis du capital. Les plus « respectables » des banques à l’image de la société générale en France ou Fortis en Belgique, se jettent tête baissée dans la spéculation. Il n’y a plus que la loi de la jungle : celui qui ne plonge pas dans le casino meurt. Et tout ça, sur le dos des travailleurs.

 Il suffit de voir les propositions pour « aider » les plus pauvres. Aucuns gouvernements ne proposent d’interdire la spéculation, de diminuer le profit des capitalistes ou de nationaliser une partie des profits pour équiper les travailleurs de mesures qui permettraient la baisse de la consommation de pétrole telle que : le développement des transports publiques, les maisons isolées, les panneaux solaires etc…. Le coût doit être supporter par l’ensemble des travailleurs soit en nationalisant les banques en difficulté (northern rock) soit en créant des caisses communes tel que le fond mazout en Belgique dans une injustice où celui qui a pas beaucoup donne à celui qui n’a rien. Celui qui riche ne donne rien, même des impôts, n’est-ce pas M.Reynders,Sarkozy,Bush et consorts?

Les grandes banques au centre de ce casino

 Avec la mondialisation, le prix du pétrole ne se fixe plus réellement sur les marchés boursiers ou par les pays de l’OPEP même si ceux-ci y contribuent nous l’avons vu plus haut. Les plus grandes institutions financières du monde sont plutôt les responsables de la situation actuelle.

 F William Engdahl dans " A Century of War: Anglo-American Oil Politics and the New World Order " (PlutoPress), et " Seeds of Destruction: The Hidden Agenda of Genetic Manipulation " (Global Research, available at www.globalresearch.ca), nous apprend que « La bourse-clé dans ce jeu est le London ICE Futures Exchange (anciennement l'International Petroleum Exchange — la Bourse Internationale du Pétrole). ICE Futures est une filiale à 100% d'Atlanta Georgia International Commodities Exchange. ICE a été fondé à Atlanta en partie par Goldman Sachs, qui se trouve être aussi l'indice des prix des matières premières le plus utilisé au monde, le GSCI, qui est sur-lesté par le prix du pétrole ».

 Il note aussi que ICE a été l’objet d’enquêtes parlementaires et fut citée dans deux rapports : celui du 27 juin 2006 de la sous-commission permanente d’enquêtes du sénat et en décembre 2007 dans un rapport de la commission sur l’énergie et le commerce de la chambre des représentants qui avait pour but d’enquêter sur la dérégulation du commerce des contrats énergétiques à terme.

 Ces deux études montrent clairement que l’augmentation spectaculaire du pétrole est bien plus due aux milliards de dollars placés dans les contrats à termes sur le marché des futures. On peut en revenir à Enron, à sa requête, cette société fut exemptée en 2000 de toute régulation sur les marchés à termes de gré à gré par le CFTC. Les exemples d’exemption de contrôles par les organismes gouvernementaux ne manquent. Tout ceci apporte la preuve de l’analyse de Lénine dans « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme » est d’une réelle actualité. Non seulement le capitalisme s’est étendu d’une manière géographique à l’ensemble de la planète mais, son changement n’est pas un simple changement quantitatif mais un changement qualitatif. Il y a fusion du capital industriel et financier (contrairement à l’orthodoxie bourgeoise qui feint la séparation des deux capitalismes) mais les capitalistes monopolistiques placent leurs « pions » dans tous les rouages des états pour s’assurer de leur domination, exploitant et pressurisant au maximum la classe des travailleurs.

 Il me plait de reprendre à ce stade la conclusion de Engdhal : Il n'est donc pas surprenant de voir dans un rapport que Reuters a sorti le 6 mai que Goldman Sachs annonce que le pétrole pourrait en fait être au bord d'un nouveau cours "super élevé", pouvant conduire le prix du baril jusqu'à 200 dollars dans les six à 24 prochains mois. Ce gros titre " 200 dollars le baril ! " a fait la une des journaux pendant les deux jours qui ont suivi. Combien de lemmings incrédules ont-ils suivi cette annonce en plaçant leurs paris ? Puisque Goldman Sachs est dans le « secret des dieux » et pour cause.

 La théorie du pic pétrolier, la demande chinoise, les « possibles attentats » ainsi que « la rage de dents de mon bébé » ou le « battement d’ailes d’un papillon en Amazonie » n’explique en rien le phénomène actuel. Toutes les raisons sont bonnes pour manipuler les salariés et tenter de sauver un système en putréfaction. C’est de la faute des chinois, de l’OPEP, de Chavez etc… mais cela ne doit pas être de la faute des capitalistes qui font la guerre en Irak et qui se préparent à la guerre avec l’Iran (pas de chance avec Chavez, là, il a le peuple derrière lui, ce sera nettement plus corsé).

Mais pourquoi le pétrole et pas le vent ou le soleil ?

 Un de mes camarades m’a posé cette question et j’ai tenté d’y répondre. Le pétrole sert aussi en grande partie à produire de l’électricité. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte mais, les plus importants sont encore une fois, la rente et la spéculation. Comment, les capitalistes, pourraient-ils justifier leurs bénéfices, si on se mettait à produire de l’électricité en masse avec le vent, le soleil, l’eau, bref avec des énergies non seulement renouvelables mais aussi immatérielles dans le sens où elles ne peuvent ni être accaparées (rente), ni stockées(spéculation) ?

 -Une fois les investissements rentabilisés, il ne resterait qu’un coût d’entretien des installations, ils ne pourraient invoquer qu’un petit bénéfice d’exploitation aux yeux des travailleurs. Le surprofit énorme généré par la rente et la spéculation disparaîtrait. C’est la raison pour laquelle on nous bassine avec l’énergie nucléaire, au delà du danger écologique car l’uranium peut être stocké et accaparé. J’ai déjà écrit un article sur le contrôle de l’uranium par les puissances occidental. La meilleure preuve est quand même electrabel en Belgique qui continue à faire peser le coût des centrales nucléaires dans notre pays sur les travailleurs-consommateurs alors que celles-ci sont amorties depuis longtemps.

 -Derrière le pétrole, il y a toute la puissance du capitalisme US et de sa monnaie le dollar. Plus le pétrole est cher et plus la demande de dollar est énorme et moins vite il retourne aux USA, permettant du même coup à la dette US de ne pas être remboursée (voir mon précédent article sur le rôle du dollar ou les écrits de Henry Houben sur le sujet). Sur le marché international,  le pétrole est payé en dollars US. Concrètement, cela veut dire que les USA peuvent se procurer du pétrole en faisant simplement fonctionner leur planche à billets alors que tous les autres pays doivent se procurer des dollars. Ça ne serait pas possible avec le soleil et le vent.

 -La presque totalité du commerce du pétrole est sous le contrôle des entreprises pétrolières occidentales. Un haut prix du pétrole leur permet d’engranger des bénéfices supplémentaires même si la consommation et par conséquent la vente diminue. Que les capitalistes essayent avec le vent ou le soleil.

 -Un pétrole haut permettrait de relancer les champs pétrolifères US abandonnés pour cause de non-rentabilté. De même, au Royaume-Uni, des études sont menées pour rouvrir certaines mines de charbon qui pourraient s’avérer à nouveau rentables. Un article du journal français « La tribune » daté du 13 mai 2008, nous apprend que, en Pennsylvanie 2000 permis d’extraction pétrolifère ont été demandés en vue de relancer des puits qui avaient été délaissés. Toujours dans le même article, on apprend que des derricks pourraient fleurir dans le Loiret, en France et que la production dans le Land de Schleswig-Holstein, en Allemagne, pourrait être relancée. Tout ça parce que le pétrole est cher. Mais, pas un mot pour le vent et le soleil….

 -Le pétrole sert à produire, à faire tourner nos tracteurs, à faire tourner l’économie mais cette force économique prend la forme d’un chantage dans la mesure où rien n’est fait pour le remplacer. Là aussi, Lénine avait raison, lorsqu’il affirme que le capitalisme au stade de monopole freine tous progrès qui pourrait l’empêcher de faire plus de profit. Il est fort à parier que si nous étions vraiment à la veille d’une fin physique du pétrole dons vers la fin de l’économie actuelle, tous les capitaux seraient mis à disposition de la plus grande révolution technologique de l’histoire de l’humanité.  En exploitant au maximum le pétrole, le capitalisme monopoliste continue à engranger un surprofit facile sur le dos des travailleurs. Il n’a aucune raison « marchande » d’en changer.

 -Mais si le pétrole sert à construire, il sert aussi à détruire entre autre par la guerre. Comment imaginer la formidable machine de guerre des pays capitalistes (on annonçait dernièrement une augmentation de 45% en 10 des dépenses militaires dans le monde suivant le SIPRI, selon l’écho du 10 juin 2008). La presque totalité du matériel militaire fonctionne au pétrole que ce soit les avions, les chars, les camions, jeeps, bateaux fonctionne au pétrole. Donc s’équiper en armes c’est aussi se fournir en pétrole. La course aux armements c’est aussi la course au pétrole. Essayez, pour voir, de faire fonctionner tout ça sans pétrole, avec du vent ou du soleil !! La hausse du pétrole permettra de rentabiliser des champs pétrolifères abandonnés aux USA, d’investir dans la recherche de nouveaux champs rentables même si les coûts d’exploitations sont importants rendant les USA un peu moins dépendant des pays qui ne sont pas sous leur coupe dont le nombre ne cesse de grossir. Ceci couplé à la production de bio-carburants, leur dépendance sera moindre. Donc, un pétrole cher, permet de faire financer leur impérialisme militaire par les travailleurs du monde entier.

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19/05/2008

Le Mexique à contre-courant

 

pemex

Alors qu’un grand mouvement de lutte contre l’impérialisme et les multinationales s’accroît en Amérique latine, le gouvernement mexicain envisage la privatisation de sa société pétrolière, PEMEX, l’entreprise étatique du pétrole mexicain.

 A l’encontre du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur qui cherchent à distribuer les rentrées du pétrole et du gaz à leurs travailleurs, le gouvernement de droite avec à sa tête Felipe Calderon, envisage une privatisation partielle de la société pétrolière nationale.

 L’argument principal pour justifier ce retour en arrière est le besoin de capitaux pour rénover l’entreprise. Depuis 3 ans la production est en baisse constante ce qui fait dire à Jesus Reyes Heroles, directeur général de l’entreprise « Pemex fait face à une réelle détérioration technologique, financière et manque de ressources humaines pour exploiter la ressource naturelle ». La justification de la privatisation, aux yeux du gouvernement, trouve sa source dans l’autonomisation de l’entreprise pour contracter des projets avec le secteur privé afin de disposer d’un plus grand capital pour l’exploitation des bassins du Sud-Est et du Golfe du Mexique. Cette privatisation permettra aux multinationales de prendre le contrôle de la société d’Etat.

Le peuple exprime son désaccord

 Ce dimanche 4 mai 2008, une véritable marée humaine est descendue sur le centre de Mexico pour défendre l’entreprise nationale, symbole de la révolution et de la souveraineté mexicaine. L’appel pour cette manifestation provenait du mouvement pour la défense du pétrole formé, entre-autre par les partis progressistes qui soutiennent  Andrés Manuel López Obrador (AMLO), ancien maire de Mexico, qui avait perdu d’un cheveu les élections présidentielles – d’ailleurs frauduleuses - de 2006.

 Avant cette manifestation, pendant 16 jours, des femmes formant des brigades ont bloqué l’accès aux Parlement. Au mois d’avril, 46 parlementaires du PRD (Parti de la Révolution démocratique) ont entamé une grève de la faim, empêchant ainsi, la droite d’entériner la privatisation lors des sessions parlementaires.

 Toutes ces actions ont permis que la droite accepte une débat national sur le sujet. La gauche exigeant même l’organisation d’un référendum.

L’enjeu pour le peuple mexicain est de taille

 Le Mexique est le sixième producteur mondial de pétrole et le onzième en terme de réserves prouvées. De plus, sa frontière commune avec les USA, en fait le troisième fournisseur du pays de l’Oncle Sam, premier consommateur au monde de pétrole. On comprend mieux dès lors l’avidité des multinationales de voir cette société d’Etat tomber sous leur contrôle.

 L’entreprise, nationalisée en 1938 par le président Lazaro Cardenas, est « intouchable » pour les travailleurs du pays. En effet, ce n’est pas moins du tiers des revenus publics, soit 60 milliards de dollars, que rapporte PEMEX au peuple mexicain.

 Après avoir déjà perdu sa souveraineté alimentaire au profits des transnationales US, les travailleurs mexicains ne peuvent se permettent la perte de sa souveraineté pétrolière. López Obrador à d’ailleurs déclaré : «  le Mexique perdrait sa maîtrise des secteurs stratégiques que sont  l'exploration, le forage, le raffinage, la pétrochimie, le transport, les oléoducs et le stockage de produits pétroliers ».

Hugo Chavez et Lula Da Silva ont fait la proposition au gouvernement mexicain d’associer PEMEX aux entreprises pétrolières publiques et parapubliques de leur pays respectifs afin de l’aider dans son développement dans le cadre public. Le refus ou la non-réponse du Président Calderon, ancien ministre de l’énergie, ne l’oublions pas, a fait dire à Chavez « Calderon veut brader la souveraineté du Mexique et offrir la manne pétrolière à des personnes privées nationales et étrangères ".

La menace étasunienne sur l’Amérique Latine se précise

 Les Etats-Unis ont en Amérique latine deux points d’appui principaux, la Colombie du Président d’extrême droite Uribe et le Mexique de Calderon. Pour eux, il est impératif de briser la résistance populaire mexicaine. 

 Les attaques de la part des USA contre le processus anti-impérialiste de l’Amérique Latine se font de plus en plus grandes : les campagnes contre Chavez, le bombardement colombien en Equateur, les menaces pressantesde dislocation de la Bolivie, la mise en place ou plutôt remise en place de la IVe flotte US d’intervention dans la région.  c’est maintenant au tour du Mexique. Le grand capital US entend bien refaire de l’Amérique Latine son « jardin privé » en tentant de se réapproprier les ressources naturelles du sous-continent américain.

Source : Telesur, Benito Perez, Fidel Castro.