14/07/2008

Crise financière : Jusqu’où ira-t-elle ?

 

La pire chute de la Bourse de Bruxelles depuis 21 ans », titre le Soir. Les banques Fortis et Dexia plongent. L’inflation dépasse les 5 %. Une grave crise économique s’annonce.crise financiére

 Pas un jour ne passe sans une annonce de pertes massives dans le milieu financier. La perte totale par les banques atteindrait les 945 milliards (près de 600 milliards d’euros) selon le Fonds Monétaire International. Cela ne devrait pas s’arrêter car Fortis chez nous, la Royal Bank of Scotland et Barclays s’attendent à un effondrement du système bancaire sous peu. « Une période très dangereuse se rapproche rapidement - soyez prêts », met en garde Bob Janjuah, l’analyste  de la banque écossaise.

 « Nous sommes dans une mauvaise passe. Il y a à l’heure actuelle un choc inflationniste. Cela va s’avérer très négatif pour les actifs financiers. Nous allons nous mettre en position défensive. Les investisseurs s’en sortiront bien s’ils parviennent à préserver leurs patrimoines », a déclaré Tim Bond, le stratège du groupe Barclays Capital, la filiale de la Barclays Bank spécialisée dans la gestion des grosses fortunes. « La situation aux États-Unis est bien pire que nous le pensions », annonce Maurice Lippens, big boss de la Fortis, « on prévoit quelque 6 000 faillites parmi les banques américaines qui ont actuellement une faible couverture. Mais des groupes comme Citigroup, General Motors, Chrysler peuvent être emportés. Un effondrement total s’amorce aux États-Unis.

 Nous sommes ainsi au début d’une crise économique d’envergure sous tous ses aspects : économique, financier, industriel, alimentaire et énergétique vu la flambée des coûts. Elle est due au fonctionnement même du système capitaliste (voir l’article sur la spéculation)

Faut-il craindre pour l’avenir de votre épargne ?

 Dans l’immédiat, faut-il craindre pour l’avenir de votre épargne, qu’elle soit sous forme de comptes épargnes, de fonds de pension ou d’actions ?
Si d’aventure, vous avez quelques actions à risque, vendez-les, c’est ce que conseillent les banques des grandes fortunes.

 Mais faut-il craindre pour votre compte d’épargne ? Avec une chute des cours boursiers de nos principales banques en Belgique, plus de 40 % pour Fortis et Dexia, -27 % pour la KBC, soit de  2,4 milliards d’euros de dépréciations d’actifs, il y a de quoi s’inquiéter.

 En économie, le risque de faillite n’est jamais nul mais, dans notre pays il existe des mécanismes pour protéger les comptes épargnes, comptes à vue et comptes à termes. Si une banque fait faillite ou s’avère incapable de respecter ses obligations, le Fonds de protection des dépôts et des instruments financiers (par la loi du 17 décembre 1998 il est constitué par des dépôts de chaque grande banque) pourra intervenir jusqu’à concurrence de 20 000 euros par personne et par compte épargne. De quoi être rassuré dans un premier temps. Même si plusieurs banques devaient tomber en faillite, l’Etat peut, à l’instar de ce qui a été fait aux USA, mettre un très gros montant sur la table afin de sauver les banques. Ou faire comme le gouvernement britannique qui a nationalisé la Northern Rock, une banque tombé en faillite l’hiver dernier.

 Mais attention, dans ce cas, ce sont les travailleurs qui, avec leurs impôts, couvrent les pertes de ce genre de banques. Et comble, le gouvernement britannique a déjà annoncé que la Northern Rock serait reprivatisée dès que sa situation se serait améliorée.

 C’est la logique des Etats capitalistes qui nationalisent les pertes et qui privatisent les profits en laissant les travailleurs supportés seuls la crise.

Le problème se limite-t-il aux banques ?

 Un tel scénario pourrait-il arriver dans d’autres pays européens ? On peut le craindre. Le 3 juillet, le célèbre groupe financier Goldman Sachs a averti qu’il manque entre 60 et 90 milliards d’euros pour consolider les fonds propres des banques européennes. Les banques belges pourraient alors quand même s’effondrer par l’effet domino. L’imbrication des banques en Europe entre elles est telle que si une seule venait à faire faillite – pour autant qu’elle soit d’une certaine taille - elle pourrait faire tomber les autres.

 Le problème se limiterait-il aux banques ? Pas vraiment. Des banques en difficulté restreignent leurs crédits et donc affectent lentement mais sûrement l’économie réelle, l’industrie.

 Les risques de chute brutale des actions industrielles deviennent réalité. Le cours de General Motors a chuté ainsi la semaine dernière, atteignant  son cours de… 1954, ruinant des milliers de petits épargnants. Renault et Peugeot ont vu aussi leur valeur chuter de moitié . Les nuages s’amoncellent aussi pour les travailleurs.

L’envolée des prix pétroliers : conséquence de la crise actuelle

 

D epuis août 2007, on nous annonce par voie de presse, bien entendue contrôlée par les grands groupes financiers, une crise immobilière puis une crise boursière ensuite une crise financière ensuite encore une crise alimentaire et maintenant une crise pétrolière, voir un 3ème choc pétrolier. Et si on envisageait tout simplement une crise généralisée du capitalisme, un système qui ne peut plus répondre aux besoins de l’humanité.

  1. Le Rôle de la Chine
  2. Pourquoi les prix s'envolent-ils?
  3. La rente
  4. Mais, d’où vient cette spéculation ?
  5. Les grandes banques au centre de ce casino
  6. Mais pourquoi le pétrole et pas le vent ou le soleil ?

 Faire comme les économistes bourgeois, détricoter toutes ces crises sans y voir des liens entre elles, serait donner raison à ceux qui pensent que « cela va se calmer », que l’économie repartira.

 Lorsqu’on jette un œil sur les chiffres économiques, même si ils peuvent être manipulés, il ne subsiste aucun doute quant à la réalité d’une augmentation rapide de l’inflation et du chômage. Pour l’inflation, le taux officiel admis est maintenant de 5% et le chômage aux USA est de 5,5%, taux au plus haut depuis 4 ans (agence Reuters). La banque mondiale a reconnu au mois de mars que la crise va entraîner une augmentation de 5 millions de chômeurs. Pour la Belgique, le journal l’écho annonçait la semaine dernière une chute importante de la création d’emploi et 8.000 faillites pour 2008.

 Sans vouloir nier le moins du monde que dans un monde fini, les ressources limitées tel que le pétrole s’épuisent dans le contexte d’un système économique qui ne produit pas pour satisfaire les besoins des travailleurs mais pour faire du profit, il faut se poser la question de savoir si c’est bien cette raréfaction de « l’or noir » qui est la cause d’une envolée des prix aussi exponentielle.

Le rôle de la chine

 La version officielle est que face à une demande accrue des pays émergents, la production ne suit par la demande. Le phénomène ne serait du qu’à un décalage de l’offre par rapport à la demande.

 Pourtant les faits ne donne pas raison à cette thèse. " Entre 2003 et 2007, la hausse des cours du brut était forte mais progressive et le prix du baril n'avait pas dépassé le pic de 1979 en valeur réelle " (hors inflation), remarque Pierre Terzian, directeur de la revue Pétrostratégies. " Mais depuis le premier trimestre 2008, l'ascension est tellement fulgurante et les niveaux de prix tellement élevés qu'on peut parler de choc pétrolier ", ajoute-t-il. (trends 10/06/2008).Le baril de brut a mis 5 ans (2003-2007) pour passer de 40 à 90 dollars, donc une augmentation de 50 dollars mais à peine 5 mois pour passer, depuis janvier 2008 à 140 dollars, soit 50 dollars aussi.
 La demande des pays émergents qui est de 2% supplémentaires par an pouvait certes expliquer une hausse de 10 dollars en moyenne par an mais certainement pas une hausse de 50 dollars en 5 mois, c’est à dire 60% d’augmentation. La demande chinoise de pétrole ne s’est pas envolée de 60% !!! Et l’augmentation ne va pas s’arrêter en chemin : Morgan Stanley prévoit un prix de 150 dollars pour juillet, Goldman Sachs un prix de 200 dollars pour fin 2008 et Gazprom, par l’intermédiaire de son directeur prévoit un coût de 250 dollars à brève échéance (l’écho).

 Pour l’EIA, l’agence gouvernemental US pour l’énergie, la demande de la Chine devrait être de 400.000 barils supplémentaires en 2008 mais la demande US, elle devrait chuter de 190.000 barils, chute due principalement à la récession économique qui commence aux USA. Ceci sans compter la baisse de consommation que connaîtra l’Europe. En comparaison avec la demande mondiale  de 84 millions de barils/jours actuellement, la hausse de la demande chinoise ne représentera que 0,5 %. 0,5% de hausse chinoise pour une hausse de 60% du prix au baril, c’est complètement irrationnel dans les faits.

 Il ne faut oublier non plus que les chinois, pour une population de 1,3 milliards d’êtres humains consomment 7 millions de barils/jours et que les USA consomment tous les jours 20,7 millions de barils/jour pour une population de 350 millions d’habitants. Donc tout en étant 4 fois moins, « l’american way of life » consomment 3 fois plus qu’un pays qui ne demande qu’à se développer. De plus, les chinois importent 3,2 millions de barils/jour, soit moins de 50% de leur consommation et les USA 14 millions de barils/jour soit 70%.

 Tout comme les prix alimentaires montent soit disant parce que les chinois veulent mieux manger, les prix pétroliers montent parce que les chinois veulent mieux produire. Aux yeux des capitalistes occidentaux, ce sont de parfaits « salauds » que de vouloir mieux vivre.

 Reste à méditer si le modèle de consommation occidental peut être généralisé à la planète entière. Je suis, personnellement sûr du contraire, mais c’est le sujet d’un autre débat.

 La récession économique du monde occidental entraînera forcément une baisse de la consommation de la part des USA et de l’Europe. La baisse des produits de grande consommation en occident, tous les chiffres concordent pour prouver qu’elle est initiée devrait aussi entraîner une baisse de la production en Chine (30% de la production industrielle chinoise vont à l’exportation) ce qui va induire une baisse de la demande chinoise en produits pétroliers. Sauf, si la Chine se tourne vers son marché intérieur en augmentant les salaires de ses travailleurs.

 Une dernière chose sur la Chine : les chinois ne payent pas un prix final pour les produits pétroliers aussi élevés qu’en occident car ils sont largement subventionnés par l’état. Même avec un prix très haut comme actuellement, les chinois pourront continuer à subventionner le pétrole grâce à leur énorme « bas de laine » étatique : les fonds souverains qui représentent 1700 milliards de dollars et en augmentation de 90 milliards par an. Si les capitalistes occidentaux pensent tué l’économie chinoise avec un pétrole haut, ils se mettent le doigt dans l’œil. Par contre les autres économies asiatiques sont touchées de plein fouet. L’Indonésie, qui pratique aussi la subvention, vient d’annoncer une hausse de 30% des produits pétroliers (France24).

 On peut donc s’apercevoir que cette hausse vertigineuse n’est pas due à la loi de l’offre et la demande dans un contexte « normal » de rapport marchand.

Pourquoi les prix s’envolent-ils ?

 La réponse est comme pour les denrées alimentaires : la spéculation et la rente joue un rôle majeur. Il est clair que le prix maximal d’une matière première est généré par le coût maximal d’exploitation sur le marché. Dans le cas du pétrole, le coût d’exploitation le plus haut est celui des schistes bitumeux du Canada qui s’élèvent à 60 dollars le baril. Il faut y ajouter 30 dollars pour les bénéfices et la prise de risques sur les marchés pour prévoir une baisse inopportune (ces chiffres viennent d’un débat de spécialistes sur France 24 :
http://www.france24.com/fr/20080526-petrole-prix-baril-ch....
 Donc, tous ceux qui ont un coût de production inférieur à 60 dollars voient leur bénéfices augmenter proportionnellement à la baisse de ces coûts. On comprend dès lors un peu mieux le refus des pays de l’OPEP de contribuer à une baisse des prix en augmentant la production (même si la capacité excédentaire est de seulement 2 millions/barils jour actuellement). Ils se constituent, en même temps que les grandes compagnies pétrolières, une rente formidable. Cette rente énorme, à part au Venezuela, ne contribue pas à l’amélioration du sort des travailleurs de ces pays mais à l’oligarchie dominante de ces pays. Au final, il y a un transfert de richesse de la part des travailleurs du monde entier, qui payent le pétrole au prix fort, vers les « dictateurs pétroliers » que sont les compagnies pétrolières et les gouvernements capitalistes en place dans les pays producteurs.

 Il nous faut trouver malgré la rente la différence entre 90 dollars que devrait coûter le baril et les 140 dollars actuels. La réponse se trouve dans la spéculation et la rente.

La rente

 On nous parle de pénurie physique de pétrole mais, comme nous l’avons vu plus haut la capacité de production actuelle peut répondre à la demande. D’autant plus que chaque semaine on découvre de nouveaux gisements. Les schistes bitumeux du Canada et le pétrole lourd de l’Orénoque sont une réserve de 40 ans au rythme actuel à condition que le prix soit supérieur au coût de production (nous l’avons vu plus haut). Il est donc de l’intérêt des pays producteurs et des compagnies pétrolières de maintenir un prix élevé sinon ces gisements seraient inexploitables dans une économie capitaliste qui ne répond pas à des besoins mais au profit.

 Donc les pays exportateurs qui ont plusieurs décennies de réserves devant eux comme  l’Arabie Saoudite, le Canada, l’Irak (sous contrôle US) sont dans la logique de la rente. Ils mettent la main sur leurs ressources et partagent avec les majors, freinent la production car chaque baril valant plus cher, ils font plus de profit par baril à production égale. De plus, en limitant la production, ils l’étalent dans le temps. Ils bonifient leur rente au maximum sur le dos des travailleurs du monde entier. Les rentiers capitalistes ont d’ailleurs des gourous économistes pour exploiter au mieux leur rente tel que Hotteling qui à décrit en 1931 ce que devaient faire les détenteurs d’une rente pour en tirer le maximum.

 Le Venezuela fait aussi partie des pays à grandes réserves mais par sa politique social du pétrole, il contribue à l’amélioration des conditions de vie non seulement de son peuple mais aussi d’autres pays d’Amérique Latine avec les accords spéciaux qu’il prend (pétrole contre médecins avec Cuba par exemple).

 Nous pouvons concevoir qu’une matière première arrive à un prix incontrôlable si elle se raréfie complètement à cause de l’exploitation sans limites des ressources par le capitalisme en vue du profit maximal mais ce n’est pas encore à cela que nous assistons. Faire en sorte que la demande excède l’offre s’appelle : la spéculation.

 La spéculation est une des grandes caractéristiques du système capitaliste lorsqu’il est en crise. A chaque fois la crise fut précédée d’une spéculation effrénée, essentiellement sur les soit disant « valeurs refuges » qui ne sont en définitive que les besoins essentiels des travailleurs : denrées alimentaires, matières premières, énergies et immobilier (logement).

 La crise économique, qui d’abord fait grimper les prix par la spéculation, fait s’effondrer les prix tout aussi vite parce que la demande chute devant l’impossibilité qu’on les travailleurs, subissant la mise au chômage et les restrictions de salaires, à acheter la production. Un bref passage par l’histoire nous permet de s’en rendre compte Il en fut ainsi lors des crises de 1825, 1836 et 1867 sur le coton ou sur la laine; lors des crises de 1847 et de  1857 sur le blé; en 1873, 1900 et 1912 c'est sur l'acier et sur la fonte; en 1907, c'est sur le cuivre; en  1929, c'est sur presque tous les métaux et l’immobilier. En 1973 et 1979 avec le pétrole. Plus près de nous, en 2007, avec l’immobilier US.

Mais, d’où vient cette spéculation ?

 Pour tenter de le comprendre, il faut analyser la situation du monde capitaliste depuis le début des années 1970 date du début de la crise de surproduction. La source réelle du profit dans le capitalisme est dans l’exploitation du travailleur dans le procès de production. Le profit n’étant rien d’autres que du travail non payé extorqué aux travailleurs salariés. En période d’expansion économique (c’est à dire au moment où la capacité d’achat des travailleurs est à son plus haut), les capitalistes peuvent écouler la totalité des marchandises produites et récupérer sous sa forme monétaire le profit au moment de la vente des marchandises. Ce surtravail extorqué aux travailleurs peut dès lors être investit dans des machines, des matières premières et dans les salaires en embauchant plus pour encore exploiter plus. C’est ce que les économistes bourgeois appellent « faire travailler l’argent », comme si l’argent avait le pouvoir de faire de l’argent.

 Mais dans sa soif de profits toujours plus grand, le capitaliste veut exploiter toujours les salariés en augmentant le temps de travail, en diminuant les salaires, en poussant au chômage des milliers de travailleurs. Et, c’est là que la machine se grippe : il ne peut plus écouler ses marchandises car la capacité d’achat des travailleurs a baisser. La masse des capitaux ne peut donc plus être investie dans le processus normal de production puisqu’il ne peut plus vendre la totalité de la production.

 Le capitaliste, et plus spécialement le capital financier qui est devenu parasitaire puisqu’il ne peut plus être investit dans la production (à quoi sert de garder l’argent dans un coffre puisque l’argent qui dort se déprécie de jour en jour), va donc investir ses capitaux dans ce qui est sûr d’être vendu pour un temps : les besoins essentiels. Ils investissent en masse donc, dans les énergies (le pétrole et l’électricité), les denrées alimentaires, les matières premières et le logement (l’immobilier). Cette spéculation s’alimente d’elle même car, l’ensemble du capital disponible, voyant les bénéfices s’accumuler, s’engouffre dans ces bulles. Plus les prix grimpent, au plus les bénéfices montent, au plus il y aura d’investir et au plus les prix grimpent encore (c’est la bulle spéculative) jusqu’au jour où, les prix sont tellement haut que la capacité d’achat des travailleurs ne suit plus et c’est le dégonflement de la bulle avec son cortège de catastrophe comme avec la bulle immobilière US. Entre-temps, un grand nombre de travailleurs se seront retrouvés sur le carreaux : affamés avec la spéculation alimentaire, à la rue avec la spéculation immobilière, avec l’impossibilité de payer ses factures énergétiques avec la bulle pétrolières.

 Les capitalistes, en général, ne raffolent pas de ce type d’investissements car cela est très risqué, ils savent pertinent bien que chaque bulle finit toujours par éclater et au final, de nombreux capitalistes se ruinent. Ils préféreraient assurément rester dans le processus de production qui est nettement moins risqué. Mais dans un monde où seule la concurrence fait loi, que m’importe si l’autre croule, si moi, je garde la tête hors de l’eau, que j’ai amassé assez de profit et de liquidité et que je me suis retiré du casino à temps, je pourrai avec mes liquidités racheter mon « copain » capitaliste, qui s’est effondré, pour un bouchée de pain et être encore plus riche, encore exploiter plus lors de la fin de la crise. Voilà le « credo » du capitaliste !!!

 Depuis 1970 et l’envolée de la masse monétaire due au crédit , la masse des capitaux est telle qu’elle ne peut plus trouver sa place dans la spéculation, ce qui explique la multiplication des bulles spéculatives et de ses éclatements.

 La spéculation n’est donc pas la faute de quelques capitalistes véreux assoiffés de profit travaillant dans une finance dérégulée, comme nous le laisse entendre la presse bourgeoise mais inhérente au capitalisme en crise. Les spéculateurs sont les industriels, les banquiers et les états qui, par les lois de leurs gouvernements permettent la mise en place de loi favorable à la spéculation.

 En voici la preuve dans le cas du pétrole. Cette spéculation est orchestrée par des fonds spéculatifs, des banques et des groupes financiers, qui utilisent le London ICE Futures, le marché à terme du New York Nymex et les échanges interbancaires non contrôlés ou hors cote. Aux USA, la commission de contrôle des échanges et des marchés à termes sur les matières premières fixent les règles sur les marges. Elle permet aux spéculateurs d’acheter des contrats à termes sur le brut au Nymex sur le marché des futures avec seulement 6% du montant de la transaction. Le reste étant du simple crédit (ils empruntent). C’est donc facile à comprendre : avec un cours à 140 dollars le baril, il suffit de posséder 6x1,4 dollars=8,4 dollars par baril « acheté ». Le reste est juste un emprunt qui nécessite un gage tel que actions, titres, immobiliers etc… Il faut donc déjà être riche pour spéculer sur les marchés.

 Imaginons la puissance des grandes banques, des fonds d’investissements, fonds de pensions etc. dans la hausse des prix du baril. Cet "effet de levier" énorme, de 16 contre un, contribue à conduire les prix vers des niveaux follement irrationnels et efface les pertes des banques, occasionnées par les subprime et autres désastres, aux dépens des salariés du monde entier.  Comme ce sont les grandes banques qui prêtent ces sommes fabuleuses, elles renflouent leurs pertes bancaires par l’intérêt perçu sur les prêts qui permettent cette spéculation, rachetant au passage les banques qui ne s’en sortent plus (bear sterns). La boucle est bouclée.
On comprend mieux pourquoi l’explosion des prix depuis janvier date de la crise boursière.

 Le travailleur qui verra son fond de pension s’écrouler lors de l’éclatement de la bulle, se retrouvera sans pension pour assurer sa retraite. Demandez aux salariés d’Enron ce qu’il est advenu de leur paisible retraite. On les a tout simplement spoliés de leur épargne. Ici se pose tout le problème des pensions par capitalisation par rapport aux pensions par répartition. Le but des capitalistes est bien de mettre la main sur ce qu’il n’ont pu extorquer aux travailleurs pendant la production : leur épargne.

 Le plus grave dans la spéculation est que c’est une nécessité pour les capitalistes si ils veulent assurer leur survie dans la crise. Peut-il y avoir un capitaliste assez « charitable » pour ne pas jouer à ce casino qui plonge les travailleurs dans la pauvreté ? Assurément non, il n’a pas le choix : il doit faire fructifier les investissements qui lui sont confier, sinon celui qui lui confie de l’argent retire ses billes et va le placer chez le voisin et, le capitaliste « charitable » fera faillite. C’est la concurrence !!! En cas de crise, lorsque le profit se fait plus rare, l’investisseur doit  prendre celui-ci où qu’il soit et de n’importe quel façon. Le cortège de dérèglement se déplie. Les lois deviennent de plus en plus permissives vis à vis du capital. Les plus « respectables » des banques à l’image de la société générale en France ou Fortis en Belgique, se jettent tête baissée dans la spéculation. Il n’y a plus que la loi de la jungle : celui qui ne plonge pas dans le casino meurt. Et tout ça, sur le dos des travailleurs.

 Il suffit de voir les propositions pour « aider » les plus pauvres. Aucuns gouvernements ne proposent d’interdire la spéculation, de diminuer le profit des capitalistes ou de nationaliser une partie des profits pour équiper les travailleurs de mesures qui permettraient la baisse de la consommation de pétrole telle que : le développement des transports publiques, les maisons isolées, les panneaux solaires etc…. Le coût doit être supporter par l’ensemble des travailleurs soit en nationalisant les banques en difficulté (northern rock) soit en créant des caisses communes tel que le fond mazout en Belgique dans une injustice où celui qui a pas beaucoup donne à celui qui n’a rien. Celui qui riche ne donne rien, même des impôts, n’est-ce pas M.Reynders,Sarkozy,Bush et consorts?

Les grandes banques au centre de ce casino

 Avec la mondialisation, le prix du pétrole ne se fixe plus réellement sur les marchés boursiers ou par les pays de l’OPEP même si ceux-ci y contribuent nous l’avons vu plus haut. Les plus grandes institutions financières du monde sont plutôt les responsables de la situation actuelle.

 F William Engdahl dans " A Century of War: Anglo-American Oil Politics and the New World Order " (PlutoPress), et " Seeds of Destruction: The Hidden Agenda of Genetic Manipulation " (Global Research, available at www.globalresearch.ca), nous apprend que « La bourse-clé dans ce jeu est le London ICE Futures Exchange (anciennement l'International Petroleum Exchange — la Bourse Internationale du Pétrole). ICE Futures est une filiale à 100% d'Atlanta Georgia International Commodities Exchange. ICE a été fondé à Atlanta en partie par Goldman Sachs, qui se trouve être aussi l'indice des prix des matières premières le plus utilisé au monde, le GSCI, qui est sur-lesté par le prix du pétrole ».

 Il note aussi que ICE a été l’objet d’enquêtes parlementaires et fut citée dans deux rapports : celui du 27 juin 2006 de la sous-commission permanente d’enquêtes du sénat et en décembre 2007 dans un rapport de la commission sur l’énergie et le commerce de la chambre des représentants qui avait pour but d’enquêter sur la dérégulation du commerce des contrats énergétiques à terme.

 Ces deux études montrent clairement que l’augmentation spectaculaire du pétrole est bien plus due aux milliards de dollars placés dans les contrats à termes sur le marché des futures. On peut en revenir à Enron, à sa requête, cette société fut exemptée en 2000 de toute régulation sur les marchés à termes de gré à gré par le CFTC. Les exemples d’exemption de contrôles par les organismes gouvernementaux ne manquent. Tout ceci apporte la preuve de l’analyse de Lénine dans « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme » est d’une réelle actualité. Non seulement le capitalisme s’est étendu d’une manière géographique à l’ensemble de la planète mais, son changement n’est pas un simple changement quantitatif mais un changement qualitatif. Il y a fusion du capital industriel et financier (contrairement à l’orthodoxie bourgeoise qui feint la séparation des deux capitalismes) mais les capitalistes monopolistiques placent leurs « pions » dans tous les rouages des états pour s’assurer de leur domination, exploitant et pressurisant au maximum la classe des travailleurs.

 Il me plait de reprendre à ce stade la conclusion de Engdhal : Il n'est donc pas surprenant de voir dans un rapport que Reuters a sorti le 6 mai que Goldman Sachs annonce que le pétrole pourrait en fait être au bord d'un nouveau cours "super élevé", pouvant conduire le prix du baril jusqu'à 200 dollars dans les six à 24 prochains mois. Ce gros titre " 200 dollars le baril ! " a fait la une des journaux pendant les deux jours qui ont suivi. Combien de lemmings incrédules ont-ils suivi cette annonce en plaçant leurs paris ? Puisque Goldman Sachs est dans le « secret des dieux » et pour cause.

 La théorie du pic pétrolier, la demande chinoise, les « possibles attentats » ainsi que « la rage de dents de mon bébé » ou le « battement d’ailes d’un papillon en Amazonie » n’explique en rien le phénomène actuel. Toutes les raisons sont bonnes pour manipuler les salariés et tenter de sauver un système en putréfaction. C’est de la faute des chinois, de l’OPEP, de Chavez etc… mais cela ne doit pas être de la faute des capitalistes qui font la guerre en Irak et qui se préparent à la guerre avec l’Iran (pas de chance avec Chavez, là, il a le peuple derrière lui, ce sera nettement plus corsé).

Mais pourquoi le pétrole et pas le vent ou le soleil ?

 Un de mes camarades m’a posé cette question et j’ai tenté d’y répondre. Le pétrole sert aussi en grande partie à produire de l’électricité. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte mais, les plus importants sont encore une fois, la rente et la spéculation. Comment, les capitalistes, pourraient-ils justifier leurs bénéfices, si on se mettait à produire de l’électricité en masse avec le vent, le soleil, l’eau, bref avec des énergies non seulement renouvelables mais aussi immatérielles dans le sens où elles ne peuvent ni être accaparées (rente), ni stockées(spéculation) ?

 -Une fois les investissements rentabilisés, il ne resterait qu’un coût d’entretien des installations, ils ne pourraient invoquer qu’un petit bénéfice d’exploitation aux yeux des travailleurs. Le surprofit énorme généré par la rente et la spéculation disparaîtrait. C’est la raison pour laquelle on nous bassine avec l’énergie nucléaire, au delà du danger écologique car l’uranium peut être stocké et accaparé. J’ai déjà écrit un article sur le contrôle de l’uranium par les puissances occidental. La meilleure preuve est quand même electrabel en Belgique qui continue à faire peser le coût des centrales nucléaires dans notre pays sur les travailleurs-consommateurs alors que celles-ci sont amorties depuis longtemps.

 -Derrière le pétrole, il y a toute la puissance du capitalisme US et de sa monnaie le dollar. Plus le pétrole est cher et plus la demande de dollar est énorme et moins vite il retourne aux USA, permettant du même coup à la dette US de ne pas être remboursée (voir mon précédent article sur le rôle du dollar ou les écrits de Henry Houben sur le sujet). Sur le marché international,  le pétrole est payé en dollars US. Concrètement, cela veut dire que les USA peuvent se procurer du pétrole en faisant simplement fonctionner leur planche à billets alors que tous les autres pays doivent se procurer des dollars. Ça ne serait pas possible avec le soleil et le vent.

 -La presque totalité du commerce du pétrole est sous le contrôle des entreprises pétrolières occidentales. Un haut prix du pétrole leur permet d’engranger des bénéfices supplémentaires même si la consommation et par conséquent la vente diminue. Que les capitalistes essayent avec le vent ou le soleil.

 -Un pétrole haut permettrait de relancer les champs pétrolifères US abandonnés pour cause de non-rentabilté. De même, au Royaume-Uni, des études sont menées pour rouvrir certaines mines de charbon qui pourraient s’avérer à nouveau rentables. Un article du journal français « La tribune » daté du 13 mai 2008, nous apprend que, en Pennsylvanie 2000 permis d’extraction pétrolifère ont été demandés en vue de relancer des puits qui avaient été délaissés. Toujours dans le même article, on apprend que des derricks pourraient fleurir dans le Loiret, en France et que la production dans le Land de Schleswig-Holstein, en Allemagne, pourrait être relancée. Tout ça parce que le pétrole est cher. Mais, pas un mot pour le vent et le soleil….

 -Le pétrole sert à produire, à faire tourner nos tracteurs, à faire tourner l’économie mais cette force économique prend la forme d’un chantage dans la mesure où rien n’est fait pour le remplacer. Là aussi, Lénine avait raison, lorsqu’il affirme que le capitalisme au stade de monopole freine tous progrès qui pourrait l’empêcher de faire plus de profit. Il est fort à parier que si nous étions vraiment à la veille d’une fin physique du pétrole dons vers la fin de l’économie actuelle, tous les capitaux seraient mis à disposition de la plus grande révolution technologique de l’histoire de l’humanité.  En exploitant au maximum le pétrole, le capitalisme monopoliste continue à engranger un surprofit facile sur le dos des travailleurs. Il n’a aucune raison « marchande » d’en changer.

 -Mais si le pétrole sert à construire, il sert aussi à détruire entre autre par la guerre. Comment imaginer la formidable machine de guerre des pays capitalistes (on annonçait dernièrement une augmentation de 45% en 10 des dépenses militaires dans le monde suivant le SIPRI, selon l’écho du 10 juin 2008). La presque totalité du matériel militaire fonctionne au pétrole que ce soit les avions, les chars, les camions, jeeps, bateaux fonctionne au pétrole. Donc s’équiper en armes c’est aussi se fournir en pétrole. La course aux armements c’est aussi la course au pétrole. Essayez, pour voir, de faire fonctionner tout ça sans pétrole, avec du vent ou du soleil !! La hausse du pétrole permettra de rentabiliser des champs pétrolifères abandonnés aux USA, d’investir dans la recherche de nouveaux champs rentables même si les coûts d’exploitations sont importants rendant les USA un peu moins dépendant des pays qui ne sont pas sous leur coupe dont le nombre ne cesse de grossir. Ceci couplé à la production de bio-carburants, leur dépendance sera moindre. Donc, un pétrole cher, permet de faire financer leur impérialisme militaire par les travailleurs du monde entier.

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La hausse des salaires : une nécessité face à la crise

 

La hausse des salaires serait la cause principale de la hausse des prix en Europe (5 % en juin). C’est l’idée que martèle Jean-Claude Trichet, le patron de la banque centrale européenne. Info ou intox?

 En somme, selon Trichet, en demandant une hausse de salaires, vous scierez la branche sur laquelle vous êtes assis, en augmentant l’inflation  et en provoquant ainsi la crise qui vous licenciera. Il a déclaré « qu’il fallait éviter toute complaisance avec l’inflation ».  Il a ainsi  remis en cause le fonctionnement de l’indexation automatique des salaires en Belgique.

 Or, les hausses de prix ont commencé, à grimper avec la crise et ses conséquences, bien avant toute  augmentation sérieuse de salaires. Le patronat n’a pas hésité à répercuter la hausse des coûts de production, due à la flambée des énergies et des matières premières, dans les prix à la consommation. Autrement dit, en première instance, l’inflation est importée par l’envolée des prix de matières premières et des énergies dont  les travailleurs ne sont absolument pas responsables.

 C’est après cette hausse des prix que les mouvements des travailleurs européens pour réclamer des hausses salariales se sont mis en marche et non le contraire. A écouter la Banque Centrale Européenne et le patronat, il faudrait que les travailleurs acceptent sans broncher de voir leur pouvoir d’achat baisser, entraînant un appauvrissement général.

 Pourquoi n’a-t-on jamais entendu le moindre gouvernement ou Jean-Claude Trichet parler de baisser le profit des capitalistes  pour compenser la hausse des prix ?

« L’inflation, c’est l’euthanasie des rentiers »

 Dans sa lutte contre l’inflation, Trichet veut surtout préserver le capital et reporter le poids de la crise sur les travailleurs. D’une part, en bloquant les salaires, il veut limiter le coût de production et permettre un plus grand profit pour le patronat. D’autre part, dans le contexte d’une inflation haute, sans vouloir rentrer dans les détails techniques, l’argent perd plus vite de sa valeur. Ainsi si les taux d’intérêts que les rentiers peuvent retirer sur leurs placements financiers de leur capital est plus bas que le taux d’inflation, il est évident que c’est une perte sèche pour le capital. L’économiste Keynes disait déjà que « l’inflation, c’est l’euthanasie des rentiers ». D’où la volonté de limiter l’inflation et de relever les taux d’intérêts.

 Par contre, pour le travailleur, lorsque les salaires ne suivent pas l’inflation, les conséquences sont doubles. La première est un appauvrissement, la seconde est que, vu la diminution de la capacité générale de consommation, les marchandises seront moins écoulées. Avec comme conséquence une production moindre entraînant une mise au chômage d’un nombre important de travailleurs. En somme, c’est la voie proposée par Trichet qui aggravera la crise.

 Il s’agit bien là d’une contradiction du système capitaliste. Les travailleurs sont à la base de toute la production des biens mais n’ont pas la capacité de les acheter car le patronat ne cesse de vouloir agrandir ses bénéfices en limitant les salaires.

 Bien sûr,  la lutte pour de plus hauts salaires ne suffira pas à empêcher la crise. Bien sûr, il ne faut pas nier que dans un second temps, d’éventuelles augmentations de salaires pourraient amplifier davantage une hausse des prix.

 Mais une augmentation des salaires peut  permettre de limiter les effets néfastes pour les travailleurs et de renvoyer (un peu) le poids de la crise sur ceux qui l’ont provoqué, les capitalistes.

Y-a-t-il moyen de protéger l’épargne du travailleur ?

 

Dans un système du profit d’abord, aucun travailleur n’est à l’abri d’une crise, y compris financière. Mais si l’Etat cessait de protéger les capitalistes, il serait possible de protéger l’épargne.

 Les banques privées jouent avec votre épargne sur les marchés financiers. Par contre, une banque publique pourrait se servir de l’épargne des travailleurs pour investir dans des projets utiles tels que les logements sociaux, crèches, transports en commun, etc.

 Les profits n’iraient pas grossir les poches des rentiers mais pourraient revenir aux travailleurs. Comme une banque publique n’est pas cotée en Bourse sa valeur ne fluctuerait pas avec les aléas de celle-ci. Le contrôle sur les flux financiers pourrait aussi être assuré, notamment pour combattre la fraude et la spéculation.

 Souvenons-nous que la CGER (absorbée depuis par Fortis) et le Crédit Communal (devenu Dexia), du temps où ils étaient publiques n’ont jamais été menacés de faillite.

Des lois anti-spéculation s’imposent

 

Même si limiter la spéculation ne s’attaque pas à la racine, des lois anti-spéculations pourraient empêcher, dans l’immédiat, que les marchés financiers fassent porter le poids de la crise uniquement sur les travailleurs.

 Actuellement, les spéculateurs (liés aux grands financiers) peuvent agir à leur guise sans restriction, y compris en spéculant sur l’alimentaire et l’énergie. Or, aucun gouvernement européen n’a proposé de mesures sérieuses visant à limiter la spéculation, à contrôler les flux financiers ou à s’attaquer aux profits des capitalistes.

 Dans l’Union européenne, il faudrait commencer par retirer l’article du traité de Lisbonne sur la libre circulation des capitaux, limiter les emprunts spéculatifs, taxer les plus-values boursières, supprimer des marchés à terme incitant à la spéculation…

23/06/2008

Nous n’allons pas travailler seulement pour payer nos factures

 

"Ne dramatisons pas l’inflation ! L’inflation n’est pas insupportable», a affirmé Guy Quaden, patron de la Banque nationale. « La baisse du pouvoir d’achat, ce n’est pas un problème, c’est une impression des gens», a ajouté le patron des patrons Pieter Timmermans (FEB). Voici une lettre en réponse :

« Le plus dur dans les fins de mois chez les pauvres, ce sont les 30 derniers jours » disait Coluche.

 Lorsque vous dites que « l’inflation n’est pas insupportable » ou « que cela ne concerne qu’une minorité des Belges » comme vous l’avez déclaré dans le journal « l’écho », parliez-vous de vos camarades actionnaires qui ont vu leurs revenus d’actions grimper en flèche ces dernières années ? Ou bien vos amis, grands managers, aux salaires astronomiques (Ex :M Thijs patron de La Poste, qui ne cesse de fermer des bureaux de poste, avec un salaire annuel de 900.000 eur) ?

 A moins que vous ne pensiez aux allocataires sociaux et aux millions de « travailleurs pauvres » que votre « magnifique » système libéral a engendré en 20 ans dans notre pays ? Je me doute qu’une inflation de 4% ne doit pas trop ennuyer vos amis pour qui, le prix du pain, du gaz, du lait etc…n’est pas un problème de fin de mois. C’est plutôt le prix de l’or, qui bat record sur record, qui doit les chagriner.

 Comme je n’aime pas les grands discours, je vous soumets le cas d’un ami qui travaille tous les jours. Employé dans une société de nettoyage, il fait son « devoir » d’exploité 5 jours par semaine et en équipe de 6-14 et 14-22. Il fait partie des millions de salariés que compte notre pays qui sont dans le même cas. Il vient de recevoir sa feuille d’impôt et, quelle ne fut pas sa surprise en découvrant qu’il devait rembourser un montant de 1611 eur supplémentaire à l’administration des impôts. Analysons ensemble : sur un salaire imposable 23753 eur, il à déjà versé 5675 eur de précompte (au passage, qui encaisse les intérêts de ce précompte que je laisse tous les mois, alors que mon employeur lui, les reversent tous les 3 mois ?). Résultat il lui reste : 23753-5675-1611= 16467 eur. Si on les divise par 12, il obtient la somme « faramineuse » de 1372 eur net par mois !!!

 Que représente 1372 eur pour vivre un mois ? Le 1er du mois il paye son loyer : 425 eur,son chauffage 87 eur et son électricité 54 eur (merci electrabel),l’ abonnement de bus 30 eur (c’est con, il ne va même pas travailler à pied). Comme son employeur veut diminuer le coût salarial, il n’a pas d’assurance groupe, donc mon ami qui voudrait en fin de carrière avoir un peu plus que la pension légale (même si celle-ci est encore bien trop grande à vos yeux), il cotise pour une pension complémentaire à raison de 67 eur par mois. La cotisation administrative et le fond de réserve pour sa mutuelle est de 84/12=7 eur. Son timbre syndical (pas défalquable) est de 13 eur. La taxe TV, 142/12=11,80 eur et pour s’en servir, il paye 13 eur à télédistribution. La taxe urbaine 95/12= 8 eur. Les taxes régionales et provinciales ainsi que l’environnement sont à 4 eur par mois. Je m’arrête-là, je dois encore oublier l’une ou l’autre taxe. Comme le gouvernement précédent libéral-socialiste a fait une campagne « internet pour tous », il a pris un abonnement de 39 eur. Il a 15 eur de frais pour son GSM (il pourrait s’en passer mais comme cela fait tourner l’économie, ça arrange vos amis) . Il lui reste donc le 1er de chaque mois au soir une « magnifique » somme de 577 eur. Si on la divise par 30, il peut dépenser chaque jour 19,33 eur pour se nourrir, se vêtir, ses loisirs, ses vacances (il n’en prend pas), se soigner (au cas où il aurait la malencontreuse idée de tomber malade), acheter le journal, aller chez le coiffeur et se laver (en plus d’être pauvre, il veut pas être « puant », quelle drôle d’idée). Il mange pas tous les jours du caviar mais bon… Comme il est amoureux, il doit économiser pendant 3 mois pour offrir, une magnifique soirée à la pizzeria à l’élue de son cœur !! Et vous avez remarqué, il n’a même pas une voiture.

 En y regardant de plus près, je comprends mieux que les travailleurs fassent grève pour des augmentations de salaire (et pourtant, à vos dire, ils en ont du culot) et, vous pouvez me croire, j’en fais partie aussi.

 Lorsque vous parlez de croissance de laquelle parlez-vous ? Celle du bien être des travailleurs ou celle de plus de capital, plus d’avions privés, plus de caviar etc…Pour vos camarades actionnaires. Entre la mauvaise foi et la manipulation, il y a une frontière à ne pas franchir, les travailleurs ne sont pas des cons !!! Mais comme vous pouvez compter sur d’autres amis dans la famille libéral et socialiste pour continuer cette politique d’appauvrissement général, c’est bien la chose qu’il reste à faire aux travailleurs ; se battre pour de meilleurs salaires et une société un peu plus juste. Il faudrait bien sûr pour améliorer cela, suivre un conseil à la mode « travailler plus pour gagner plus » mais comme le disait Coluche : « il faut travailler pour vivre et pas vivre pour travailler » !!!

Etude controversée de l’Ecolo Defeyt : Votre pouvoir d’achat aurait-il augmenté ?

 

Le pouvoir d’achat des Belges a augmenté. C’est une étude de Philippe Defeyt (Ecolo) qui l’affirme. Autant dire qu’elle ne fait pas l’unanimité.

 En 1983, il fallait travailler 6 h 15 pour se payer un plein de quarante litres. En 2008, il ne faut plus travailler que 5 h 25. Notre pouvoir d’achat a donc augmenté, affirme Defeyt, à l’issue d’une étude qui effectue une même comparaison pour seize produits : pain, œufs, gâteau, beurre, mazout, etc...

 Auriez-vous rêvé en constatant que vos fins de mois sont de plus en plus difficiles ? En réalité, les critères choisis par Defeyt sont critiquables sur au moins trois points.

 Premièrement, il se base sur l’évolution du salaire moyen. Or, la moyenne est un élément trompeur. Lorsque le patron de Fortis se prend un salaire de 4 millions d’euros, cela fait grimper le revenu moyen, alors que cette hausse ne reflète en rien les revenus de la majorité de la population. Les statistiques montrent d’ailleurs, que l’inégalité des revenus n’a cessé d’augmenter au long de ces années.

 En outre, il ne prend en compte que les salaires et non les allocations sociales, qui accusent elles-mêmes un retard sur les salaires. Etrange de la part d’un économiste qui est également président du CPAS de Namur.

 Deuxièmement, il y a le choix des années. Defeyt compare 2008 à 1983 et 1988. Or, la population ressent surtout une baisse de pouvoir d’achat depuis le passage à l’euro, en 2002. Pourquoi alors remonter arbitrairement à 1983 ?

 Dans son étude, on constate que pour remplir une cuve de mazout de mille litres, il fallait 73 heures de travail en 1983 contre 72 heures en 2008, mais seulement… 31 heures en 1988. De plus, dans une autre étude, Defeyt constate « une quasi-stagnation tendancielle du pouvoir d’achat par unité de consommation entre 2000 et 2006. »

 Troisièmement, il y a le choix des produits. A part le prix de l’essence et du mazout de chauffage, Defeyt ne prend que des produits alimentaires. Le président de CPAS ne s’intéresse pas aux loyers, par exemple. Ni au gaz et à l’électricité (logique quand on sait qu’il est le plus célèbre adversaire de la réduction de la TVA sur ces produits). Ni aux soins de santé. Ni aux frais scolaires…

 Finalement, on se demande où veut en venir Defeyt. À démontrer que nous  sommes dans une méchante société de consommation dans laquelle on abuse de gsm et d’airco ? Pourtant, au 21e siècle, dans notre pays capitaliste développé, de plus en plus de gens s’endettent pour pouvoir satisfaire des besoins de première nécessité. Ne nous trompons pas de combat…

07/03/2008

Sommes-nous en crise économique?

 

1.La bourse en crise, en quoi cela nous concerne-t-il ?

 La semaine dernière, la valeur des actions (les parts d'une entreprise qui peuvent être achetées en Bourse) a chuté fortement sur les places financières.

 Beaucoup ont vendu leurs actions parce qu'ils pensent que ces entreprises vont faire moins de bénéfices dans la période qui vient et que donc la valeur des entreprises va chuter.

  Quand il y a plus de vendeurs que d'acheteurs, les prix des actions baissent. Aujourd'hui, les propriétaires d'actions pensent que les Etats-Unis vont connaître une récession économique : c'est-à-dire que la production de biens va reculer, au lieu de croître.

 Si le cours des actions en Bourse descend, c'est un indicateur que la confiance dans l'économie diminue. Si cela ne baisse pas trop, cela n'a pas d'impact immédiat. Mais si ça chute fort, alors ce sera une indication pour les patrons : c'est le moment de restructurer. Car dans la logique de notre système, qui dit prévisions de bénéfices en baisse, dit nécessité pour les patrons de diminuer les coûts.

 Or, aujourd'hui, il y a de fortes indications pour dire que la chute peut se développer dans les mois à venir : le milliardaire Soros parle de la plus grave crise financière depuis 60 ans.

2.En quoi cette crise influence-t' elle l' économie réelle?

 La crise actuelle peut avoir des conséquences mondiales parce qu'elle touche l'incontestable numéro un économique dans le monde : les Etats-Unis.

 La croissance économique aux Etats-Unis dépend à 70 % de la consommation des ménages américains. La crise en cours fait que les biens financiers (les actions) et les biens immobiliers (les maisons) des ménages américains vont être réduits drastiquement. Le pouvoir d'achat des Américains va diminuer, ils achèteront moins. Ce qui devrait aboutir à une baisse de la production de biens et à une diminution de l'emploi et une hausse du chômage outre-Atlantique.

 Comme toute l'économie mondiale est liée à l'économie américaine (par le commerce extérieur, par les capitaux placés, par le dollar et son utilisation généralisée dans le monde), tous les grands blocs économiques (l'Union européenne, le Japon, la Chine,...) dépendent de l'exportation de leurs marchandises vers les Etats-Unis.

 Si leurs exportations diminuent, ils connaîtront une surproduction (on ne peut plus vendre tout ce qui est produit) ce qui aboutira à une réduction de la croissance, des bénéfices et des emplois.

3.Quelles sont les causes de cette crise financière?

 L'origine de la crise actuelle se trouve d'abord dans la crise du marché immobilier (les maisons) américain qui a éclaté en août dernier. Tout a commencé avec le besoin des ménages américains de construire des maisons pour se loger. Le problème c'est que la plupart d'entre eux n'ont pas l'argent nécessaire pour faire face à une telle dépense. Ils sont donc obligés d'emprunter à la banque. Mais seuls ceux qui ont des revenus suffisants peuvent effectuer l'opération. De ce fait, il y a trop de logements par rapport à ce que la population peut payer. Il y a surcapacité d'habitations, non par rapport aux besoins des gens mais par rapport à ce qu'ils peuvent acheter.

 Pour résoudre cette difficulté, les banques ont offert un nouveau produit (type de prêt) début des années 2000 y compris à des ménages pauvres: ce ne sont plus leurs fonds qu'elles prêtent, mais ceux des marchés financiers où agissent des fonds spéculatifs.

 De ce fait, on injecte de l'argent supplémentaire dans le système économique pour le faire fonctionner et pour pouvoir construire de nouvelles maisons. Le marché immobilier attire ainsi des sociétés spéculatives qui vont alimenter sa croissance. À ce moment, tout le monde semble s'enrichir :

- le ménage mal rémunéré qui détient sa maison,

- la banque qui lui a prêté,

- les différentes sociétés spéculatives qui ont placé cet argent en Bourse.

 Mais il y a plus. La maison, mais aussi les actions détenues par les ménages américains (la moitié des ménages en détiennent) servent de garantie pour des emprunts à la consommation pour acheter des voitures par exemple. Cela a maintenu artificiellement la consommation.

Évidemment, tout crédit doit être remboursé. Or, depuis des années, les salaires stagnent. Tant que ses actions et la  valeur de sa maison montaient, le travailleur n'éprouvait aucune difficulté à rembourser ses prêts. Mais la machine s'est grippée l'an dernier. Les valeurs des actions ont chuté. Résultat : le travailleur se retrouve avec son seul salaire pour rembourser. Ce qui est souvent impossible. Il doit revendre sa maison en dessous de sa valeur et il ne peut pas rembourser ses dettes.

 Les prêteurs connaissent alors de grandes difficultés y compris les grandes banques. Ainsi des géants bancaires américains comme Merril Lynch et Citibank ont du être sauvés par des fonds contrôlés par des Etats étrangers (du Golfe et de Chine) .

 Pire : comme les banques ne savent plus quelle est la santé financière de leurs concurrents, elles ne se prêtent plus entre elles. Les crédits deviennent plus rares et cela pèse sur les prêts aux entreprises. Ce qui provoque la crise financière actuelle. Les pertes totales pour les grandes banques devraient dépasser les 600 milliards de dollars, plus de 400 milliards d'euros.

 Mais ce sont surtout les travailleurs US qui ont payé la note : 1 500 000 ont déjà été expulsés de leur maison. Et on attend pour mars 2008, date du pic des défauts de paiements, plus de 3 millions d'expulsés !

 4.Pourquoi a-t-on encouragé, aux Etats-Unis d'abord, ailleurs ensuite, le développement phénoménal des Bourses ?

 Il faut remonter à 1973. À cette époque, il y a eu ce que l'on appelle une crise de surproduction au niveau mondial. Un certain nombre de secteurs ne pouvaient plus écouler l'ensemble des marchandises qu'ils produisaient. Il y a trop de produits par rapport à ce que les gens sont capables d'acheter. C'était le cas dans le secteur automobile, la sidérurgie, un certain nombre de secteurs-clés qui ont un impact sur les autres secteurs.

 Progressivement, pour sortir de cette crise, la politique américaine a été notamment de favoriser la mise en place de mécanismes financiers pour pouvoir augmenter le pouvoir d'achat de la partie la plus aisée de la population.

 En favorisant le développement de la Bourse, les ménages américains (dont plus de 50 %, contrairement à l'Europe, possèdent des actions) ont commencé à consommer davantage mais à partir d'un endettement de plus en plus important. Cet endettement a été garanti par la hausse des actions.

 A la fin des années 90, ce développement boursier américain a été artificiellement boosté par des masses de capitaux prêtés par d'autres blocs économiques.

 Depuis 1997, les capitaux ont fui des pays asiatiques pour aller se placer aux Etats-Unis. Ils ont d'abord alimenté le secteur des nouvelles technologies. Du coup, les propriétaires de capitaux du monde entier ont acheté massivement des actions des nouvelles entreprises technologiques (Internet). Puis, le marché des actions surévalué a crashé en 2000-2001. Les actifs financiers (actions, épargne,...) des ménages ont chuté d'environ 5 000 milliards de dollars aux Etats-Unis.

 On a alors diminué les taux d'intérêt et accordé des crédits à 1 % dans le but de relancer les investissements dans l'économie réelle. Mais ça ne fonctionne pas, au contraire, ce sont les particuliers qui en profitent pour s'endetter et acheter des résidences dont le prix ne cesse d'augmenter... avant qu'à son tour ce marché s'effondre.

 On peut dire que depuis 1973 jusqu'à maintenant les Etats-Unis ont pu vivre ainsi artificiellement au-dessus de leurs moyens.

 5.Pourquoi le dollar est-il si important ?

 Les USA ont pu vivre au-dessus de leurs moyens parce que le dollar est jusqu'à maintenant, le moyen de paiement internationalement accepté.

 Ainsi, 86 % des échanges concernent le dollar, 55 % du commerce international est libellé en dollars, tout le pétrole est libellé en dollars et 2/3 des avoirs des banques centrales sont du dollar. Tout le monde doit acheter des dollars pour financer ses transactions internationales et cela faisait rentrer des devises dans le pays. Cela risque de changer car cette crise pose la question de la valeur du dollar. Une remise en cause du dollar implique une dévalorisation économique des Etats-Unis et, de ce fait, une remise en cause de son pouvoir économique.

 Car si le dollar chute, tout ce système s'effondre. C'est pour éviter cela que la plupart des grands États soutiennent le dollar.

 6.Pourquoi les banques centrales injectent-elles de l'argent sur les marchés financiers ?

 En août dernier, des banques importantes ont plongé puisqu'elles étaient incapables de récupérer leur argent.

 Cela a obligé les banques centrales des Etats à injecter de l'argent à coût très bas dans l'économie (faute de quoi les faillites de banques auraient été beaucoup plus importantes).

 Avec la crise financière, la méfiance s'est généralisée : l'opacité du système est complète, les banques ne veulent plus se prêter les unes aux autres. Si les banques n'ont plus confiance entre elles, il n'y a plus d'échanges interbancaires. L'intervention des banques centrales est donc d'assurer que ces banques ont quand même de l'argent liquide.

 Les banques centrales européennes et asiatiques vont sans doute injecter de l'argent dans les prochains mois pour soutenir le dollar pour éviter que la crise devienne plus profonde. Cela veut dire que le reste du monde va injecter des capitaux aux Etats-Unis pour soutenir le dollar, avec l'espoir que la consommation aux Etats-Unis va reprendre. Mais cette relance éventuelle sera provisoire.

 Une autre possibilité pourrait être une fuite en avant des Etats-Unis, par exemple dans la guerre, afin de réaffirmer leur autorité et leur hégémonie économique sur le monde.

 7.Comment la grande finance veut-elle nous faire payer cette crise ?

 Bien que la crise frappe en premier lieu les Etats-Unis, il y a de fortes chances pour qu'elle se répercute en Europe. Pourquoi ?

A. Les marchés financiers, dont les acteurs sont les mêmes partout dans le monde, sont liés entre eux.

B. La situation des marchés immobiliers (en chute dans certains pays européens comme en Espagne, en Irlande et en Grande-Bretagne), fait craindre une crise immobilière comparable à celle des USA. Des gens devront vendre leurs maisons et rembourser leurs dettes. Ce qui provoquera des problèmes dans le secteur du bâtiment.

C. Certaines banques européennes qui ont investi aux Etats-Unis (et en particulier dans l'immobilier) risquent de lourdes pertes financières, voire la faillite. Par exemple, la cinquième banque anglaise l'est quasiment et les banques allemandes sont très mal prises. En Belgique, on parle de menaces sur Fortis, ce qui aura bien sûr une répercussion sur le reste de l'économie.

D. La réduction de la consommation aux Etats-Unis va réduire l'activité économique avec des problèmes d'emploi pour les entreprises européennes qui exportent outre-Atlantique.

E. L'Europe et l'Asie risquent de devoir se serrer la ceinture pour éviter la chute du dollar et ce que cela entraîne. Cela signifie que de l'argent qui pouvait servir à la croissance de ces pays va servir à limiter les dégâts de la chute du dollar. Des sommes colossales qui pourraient servir au social vont être détournées pour sauver les marchés financiers et le dollar.

8.Cette crise est-elle due à des excès du système ou le système économique lui-même est-il en cause ?

 Cette crise découle de la crise de surproduction généralisée que nous connaissons depuis 1970. Pour augmenter leurs bénéfices, les grands actionnaires (les capitalistes qui possèdent des millions d'actions) ont maintenu les salaires aussi bas que possible.

 La part des salaires a chuté ainsi de 15 % dans la production mondiale de richesse. Cela explique largement le déséquilibre entre la production de biens et la possibilité de les acheter. L'offre de biens de consommation dépasse alors le pouvoir d'achat des travailleurs.

 Le système a tenu jusque maintenant grâce au crédit. Ce crédit a poussé les travailleurs américains à consommer. Mais ce crédit a surévalué les capacités du marché à absorber la production de marchandises, en postposant l'effet de la surproduction au moment du remboursement du crédit. Comme les capitaux ne peuvent être suffisamment investis dans la production au vu de la surproduction régnante, ceux-ci se sont tournés vers les bourses et l'activité commerciale.

 Or, ces capitaux n'ont créé aucune richesse, ils ne reposent sur rien sauf sur un Himalaya de dettes. Il est donc normal que le château de cartes s'écroule tôt ou tard, c'est ce que nous pourrions vivre dans les prochains mois.

 C'est donc le système économique capitaliste lui-même qui est en cause et qu'il faut remettre radicalement en cause pour que les gens passent avant la Bourse et ses profits...


Pour en savoir plus :

Vous pouvez inviter Henri Houben, François Ferrara ou un autre orateur du PTB à donner une conférence-débat sur la crise actuelle Renseignements : docu@marx.be et 02/5040144


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23/09/2007

Le « subprime » ou l’expropriation du travailleur

 

subprimes

 Nous avons tous entendu parler de la crise de l’immobilier aux USA due aux fameux « subprimes » et de ses conséquences sur l’économie mondiale entraînant une chute importante de la bourse et des faillites en cascade de banques. Mais qu’elles sont les répercussions pour le travailleur ? Qu’est le « Subprime » ?

 

 Le nom complet de ce type de crédit hypothécaire est « subprime mortgage ».

 " Subprime " parce qu’il est accordé à un emprunteur qui n’offre pas les garanties nécessaires, vu leurs faibles revenus, avec des taux variables (c’est important), peu élevés les 2 premières années et ensuite très élevés ce qui apporte de gros bénéfices au prêteur. Ces prêts sont accordés pour de longues périodes : 40 ou 50 ans. Le profit important sur de longue période explique l’empressement des banques US à les généraliser. Celles-ci notent leurs clients en subprime, prime et non-prime. Le risque de non remboursement du candidat emprunteur est coté suivant le système du « crédit scoring », une cotation en point qui évalue l’ âge, la profession, l’adresse, le revenu, la situation familiale,la  totalité des crédits en cours, l’historique de défaut de remboursement, parfois même extrait de casier judiciaire. Ce « credit » scoring » est élaboré par des bureaux privés dont le plus célèbre est Fico. Si le client se révèle être défaillant, c’est à dire lorsque son score est inférieur à 620, il est placé dans la catégorie subprime. La catégorie prime concerne les clients avec peu de risque cotés à 650, et les non-primes sont les candidats présentant une solvabilité absolue, autrement dit, les riches. Donc, le « subprime » s’adresse en premier lieu à des pauvres ou des workings poors (1). On estime à 25%, le nombre d’Américains ayant contracté un « subprime ».

" Mortgage " (2) car ce mot découle du vieux français. C’était une servitude féodale qui contraignait le paysan à un endettement à vie. D’ou « Mort Gage » (3).

Origine des ces prêts

 Depuis Reagan et maintenant Bush, le but de l’administration US était de faire de chaque travailleur américain le propriétaire de son logement. Un des slogans électoraux De G.W. Bush était : « ownership property », la société des propriétaires. Grâce à une réforme des crédits hypothécaires et une déréglementation de deux institutions nationales du crédit (4), les familles US ont pu s’endetter très facilement. A partir de là, la protection par la loi du travailleur a cessé. Cette loi, tout comme actuellement en Belgique, empêchait une personne non solvable d’avoir un crédit. Mais les banques ont rendu ces prêts très attractifs : accordés, au début, pour 30 ans, on ne remboursait que les intérêts les 2 premières années, d’autant plus attrayant que ces taux étaient plus bas que le taux officiel. Après ces 2 ans, les taux variables pouvaient grimper de 5 fois.

 Au début ces prêts servaient essentiellement à acquérir des logements très modestes mais ensuite, ils ont surtout permis de maintenir à un haut niveau de consommation les ménages d’outre-atlantique, condition sine qua non, pour tenir l’économie américaine la tête hors de l’eau et doper ainsi faussement la croissance. En effet, ils sont accordés non seulement pour l’acquisition de logements mais aussi comme crédit à la consommation en plaçant celui-ci en gage. Cette garantie peut-être en 1er, second ou même 3ème rang. La banque qui possède l’hypothèque en 1er rang peut faire vendre le bien dès qu’il y a non remboursement. Celle en second rang doit attendre la fin de la première hypothèque et la troisième attend la fin de la première et de la seconde. Il est donc facile de deviner la hauteur des taux d’intérêts qu’appliquent les banques qui n’ont pas l’hypothèque de 1er rang. Il faut noter que les impôts, aux USA comme en Belgique, sont prioritaires sur n’importe quels créanciers : l’administration fiscale, en cas de dettes envers elle, peut toujours faire vendre en vente forcée, le logement du contribuable même si la maison n’est pas remboursée dans sa totalité !!!

La situation actuelle

  Les familles arrivaient à s’en sortir car, vu la hausse importante du prix de l’immobilier, il leur suffisait de revendre leur bien pour rembourser le capital avec un petit bonus à la clé.  De même certains mettent leur logement, dans une proportion de 5%, en location pour le montant du remboursement mensuel et vivent dans leur caravane, voir leur voiture.

Mais 3 éléments, propre à la crise capitaliste allaient venir « enrayer la machine ».  Les salaires stagnent, voir en baisse, la hausse des taux d’intérêts et la baisse des valeurs immobilières.

  Comme ces dernières années les taux directeurs (5) de la banque centrale américaine sont montés 17 fois, les taux variables de ces prêts se sont envolés : 4 points en 2 ans, et que les salaires stagnent, les familles de travailleurs se sont mis à revendre. Cette augmentation de l’offre immobilière conjuguée à une demande moindre vu la stagnation des revenus a eu pour conséquence une forte baisse de la valeur des logements. La catastrophe pour de nombreuses familles : impossible de revendre au montant du prêt (la valeur des logements a chuté) et impossible de rembourser (les taux ont grimpés et les salaires n’ont pas suivi).

La suite est facile à imaginer : de plus en plus de familles sont expulsées de leur logement sans toutefois être libérées du remboursement. En effet, la revente du bien après la saisie, s’avère être bien inférieur au montant du prêt plus ses intérêts. Exproprié de son logement et endetté à vie, nombreux sont ceux qui se retrouvent en état «  de servitude à vie » devant leur banque. Le salaire du travailleur qui se retrouve dans cette situation, ne sert plus qu’à rembourser. On estime à plusieurs millions, sur les dizaines millions d’emprunteurs à qui les banques ne demandaient pas de justifier leurs revenus, les victimes de cette crise (6). Il leur reste à vivre dans les camps de mobil-homes qui fleurissent à la périphérie des grandes villes américaines. Comme ces immeubles se retrouvent vendables à très bas prix, des sociétés se sont spécialisées pour les racheter et les mettrent en location. Le comble : il arrive que ces logements soient loués à ceux qui en ont étés expulsés !!!  Le rêve américain s’est transformé en cauchemar !!

Là où les économistes capitalistes parlent d’erreurs, de décrochage, d’instabilité du système ou manque de sagesse des spéculateurs, on y voit le fondement même du système : la recherche du profit à outrance même si cela passe par des procédés sans scrupules, sans éthiques voir même à la limite de la légalité. Ces acteurs, les banquiers, qui se présentent sous des couverts respectables, spéculent à mort sur les plus pauvres. L’expansion du marché est une condition de survie du capitalisme. Le système capitaliste ne peut donc mener qu’à l’expropriation du travailleur. En transformant artificiellement le travailleur en « propriétaire »(on n’est pas vraiment propriétaire si on rembourse toute sa vie), il lui reprend son salaire sous forme de prêts fonciers et d’intérêts remboursable à vie. C’est au moment même où le capitaliste « permet » au salarié d’être propriétaire que se termine, pour le travailleur, le processus de son expropriation et qu’il devient pauvre pour toute sa vie. Le cercle est refermé (voir encart). La crise du « Subprime » n’est donc pas un avatar ou une escroquerie de délinquants mais fait partie de la structure même du système capitaliste.

Et en Belgique ?

  Dans notre pays, avec la hausse ininterrompue de l’immobilier depuis 10 ans et, la baisse effective des salaires par rapport au coût de la vie due, entre autre,  à la non indexation réelle des salaires et tous les procédés visant à freiner les salaires, il devient de plus en plus difficile pour les travailleurs d’acquérir leur logement. En effet, Le prix moyen d’un logement est de 160.000 euros. Ce prix est monté en moyenne de 50% lors des quatre dernières années, avez-vous vu une étude d’ Immotheker réalisée pour Het niewsblad, conclu qu’il est devenu pratiquement impossible pour une personne seule d’avoir un prêt hypothécaire, ainsi que pour près de la moitié des couples à deux revenus. En 2003 la proportion de couples capables d’acheter leur maison était de 66% et celle des isolés de 14,2%. Cette possibilité est descendue à 50% pour les couples et à 6,3% pour les personnes seules. Encore que dans bien des cas l’aide des parents est nécessaire sous forme de capital de départ ou sous forme d’aval du prêt. Dans ce cas, les parents mettent leur propre maison en gage pour le crédit hypothécaire de leur enfant. Sachant que pour la génération actuelle, il est de plus en plus difficile de mettre de côté, il deviendra pratiquement impossible aux travailleurs actuels d’aider leur propre enfant.

 Vu la chute générale des revenus, une des solutions avancées par les banques belges pour quand même accorder des prêts est d’allonger la durée des prêts hypothécaires. Si on rembourse plus longtemps on rembourse moins par mois, mais, la somme totale remboursée sera beaucoup plus importante. La durée moyenne des prêts était de 20 ans mais est maintenant de 25 ans avec une proportion, encore petite de 30 ans. Les prêts à 40 ans sont encore fort peu nombreux car la loi oblige que la totalité du prêt soit remboursé avant l’âge de la pension. Il est vrai que ces prêts de 40 ans sont de plus en plus nombreux en France et en Italie. Il est intéressant de suivre cette évolution avec attention.

Pareille situation peut-elle arriver en Belgique ?

  Avec notre législation actuelle, on peut dire que des prêts « subprime » sous la forme américaine sont impossibles à accorder. Même si les emprunteurs sont aussi sujets au « credit scoring », la loi interdit de prêter aux travailleurs qui n’ont pas le score minimum. Donc, en principe, la solvabilité (la capacité à rembourser) du travailleur doit être prouvée. De même, les taux variables, contrairement aux USA, ne peuvent généralement être revus à la baisse ou à la hausse que tous les 5 ans et dans une marge de -2% à +2%. Mais il y a un hic : lorsque le chômage, la maladie ou le divorce entre en jeu. C’est très souvent le cas des travailleurs se trouvant en situation de non remboursement car rien n’est prévu si les revenus du ménage viennent à chuter à cause de vicissitudes malheureuses de la vie. La loi devrait prévoir une sorte de moratoire dans tels cas. Les mensualités devraient être automatiquement adaptées aux nouveaux revenus. De même en cas de grève de longue durée dans son entreprise, le travailleur devrait voir ses mensualités reportées à la fin du conflit.

 Cette impossibilité croissante d’acquérir une maison et le manque chronique de logements sociaux poussent les travailleurs à se tourner vers le privé (la location) avec comme conséquence la hausse vertigineuse des loyers vu que la demande de logements décents dépasse fortement l’offre. Raison pour laquelle on voit fleurir dans les grandes villes les logements insalubres proposés par les marchands de sommeil. Ceux-ci n’étant en fait qu’une des conséquences du système capitaliste lui-même.

Il était pourtant possible d’éviter cela

 En Belgique, à l'origine, la possibilité pour le travailleur de devenir propriétaire de son logement a été donné par la classe politique catholique qui y voyait un moyen de ne pas investir dans des logements sociaux. C'était surtout un moyen de diminuer la responsabilité de l'état en matière de logement et de créer un marché juteux pour le capitalisme. En effet, si l’état mettait à disposition du travailleur des logements sociaux de bonne qualité en suffisance, beaucoup n’achèteraient pas leur maison privant du même coup la manne de profit qu’engendrent les intérêts des prêts hypothécaires.

 

(1) Travailleurs déclarés à très bas revenus. En voie de généralisation dans tous les pays capitalistes. Les revenus de ces travailleurs ne suffisent pas à mener une vie digne.

(2) Les banques spécialisées dans ces crédits hypothécaires incorpore d’ailleurs le terme dans son nom. Par ex : American home mortage.
(3) On voit dans le nom même la finalité de ce type de prêt.

(4) Fanny Mae et Freddy Mac : mastodontes parapublics des prêts immobiliers US qui pèsent plus de 50% du marché des prêts immobiliers aux Etats-Unis. En fait, la loi américaine n’oblige plus à posséder les 20% du capital pour acquérir le bien immobilier. Seule le bien servait de gage en cas de cessation de paiement.
 Attention même si ce sont des organismes parapubliques, une partie du capital est privé. Par ex Fanny Mae : -AXA 4.5%,Bank of America 1.7%,Barklays 5.1%, Fidelity 8%,Capital Research 6.9%. Freddy Mac : AXA 4.7%,Barclays 4.6%,Allianz 2.4%,Fidelity 7.9%,Goldman Sachs 3.3%. Il est facile d’imaginer les pressions qu’on pu faire ces banques privées pour faire changer la loi.

(5) Taux d’intérêts au jour le jour fixés par les banques centrales d’un pays ou d’une union monétaire afin de réguler l’activité économique. Par ex : comme les banques empruntent entre elles ou à la banque centrale, leur taux d’intérêts appliqués à leurs clients doivent être forcément plus haut que ceux de la banque centrale afin de réaliser des bénéfices.
(6) On estime à 1,25 millions de ménages US en cessation de paiement en 2006. Ce chiffre fatalement sera en augmentation en 2007.

Encart :

Il impossible de comprendre le lien social irrationnel du monde de production capitaliste qui lie la montée des taux d’intérêts et la hausse de la valeur des biens immobiliers sans revenir à la théorie de la rente foncière. Le prix foncier est formé par la capitalisation de la rente foncière. Autrement dit le loyer moyen est l’intérêt du capital représenté par le prix du bien immobilier. Cela se comprend aisément dans le fermage mais apparaît moins clairement dans le cas de l’acquisition du logement. Etrange mais mathématique : si les taux montent, le prix immobilier baissent et l’inverse est vrai aussi. En fait moins un bien immobilier est cher plus l’intérêt est grand. Lorsque le marché de l’immobilier est bas, les taux sont hauts et sur base d’un remboursement en 20 ans, vous rembourserez au total une somme plus importante que si vous achetez un bien devenu cher lorsque le marché immobilier est en hausse. Le système capitaliste fera alors descendre les taux d’intérêts afin de continuer à vendre et au final, toujours sur base d’un remboursement en 20 ans, vous aurez remboursé moins que lorsque le marché est en baisse. De même, Marx, dans la théorie de la plus-value nous dit ceci : sans la propriété foncière, "Une condition de production tout à fait essentielle, et -à part l’homme et son travail- la seule condition de production originelle, ne pourrait pas être cédée, ne pourrait pas être appropriée et, partant, elle ne pourrait faire face à l’ouvrier comme propriété d’autrui ni faire de lui un salarié. (...) De fait, la production capitaliste en général aurait cessé d’exister." (Marx, Théorie sur la plus-value). La propriété foncière, est en fait l’expropriation des travailleurs de sa terre et de son habitat. C’est bien, même à travers cette crise du subprime, la propriété privée des moyens de production dans les mains d’une poignée de capitalistes qui est la cause de l’expropriation de l’homme.

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