12/06/2008

Critique de la décroissance économique soutenable

 

S

i on fait une analyse de notre mode de production et de consommation, on ne peut être que d’accord avec l’idée que la capitalisme agresse et détruit à la vitesse grand V les ressources naturelles et la qualité de vie des travailleurs.

 Beaucoup de mouvements naissent et font des actions pour montrer l’absurdité et la nocivité du productivisme capitaliste. Mouvements contre les Mac Do, mouvements pour les transports publics, contre les « grosses bagnoles » etc… Beaucoup lutte contre la surconsommation sentant intuitivement l’abîme social, économique et écologique vers lequel nous propulse le capitalisme. Mais, beaucoup font le même reproche au mode de production socialiste. Les adeptes de la décroissance font une critique acerbe du productivisme socialiste afin de justifier le capitalisme puisque le socialisme ne serait pas supérieur en terme de productivisme négatif. Ils prennent à foison l’exemple de l’union soviétique avant guerre pour démontrer que le but final du socialisme est exactement le même. Ce faisant, il empêche la prise de conscience que la responsabilité incombe au mode de production capitaliste et la nécessité de son renversement.

 En comparant le socialisme au productivisme capitaliste, ils omettent le besoin qu’avait l’union soviétique de l’époque de développer les forces productives jusqu’au niveau nécessaire pour nourrir, soigner, loger, éduquer le peuple. En résumé, partant de rien, les soviétiques devaient logiquement prendre la voie du développement industriel. D’autant plus que le niveau des connaissances scientifiques de l’époque ne pouvait intégrer un développement économique dans le cadre écologique.

La décroissance : un manque évident d’analyse spécifique

 S. Latouche, un des théoriciens de la décroissance économique soutenable, dans « survivre au développement » se trompe de cible. Il procède d’une logique fallacieuse. Il arrive à la conclusion qu’il faut rejeter tout forme de développement économique parce qu’il n’analyse pas les traits caractéristiques du capitalisme : la propriété privée des moyens de production et la loi de la valeur. Il confond développement économique et développement capitaliste. Comme il n’y a pour lui qu’une seule forme de développement économique, celle du capitalisme, et comme celui-ci est nocif à l’humanité, il faut rejeter le développement. Il dit qu’un autre développement que le capitalisme est un non-sens et qu’il n’existe pas d’autre forme de développement économique.

 Il oublie et pour cause, comme Marx nous l’explique dans le capital, que dans le cadre de la production marchande du système capitaliste, la production est uniquement destinée à être vendue en vue du profit ce qui, immanquablement, conduit à une surproduction qui entraîne une surconsommation. Le développement anarchique et le gaspillage sont donc bien la conséquence du mode de production capitaliste qui donne la fausse idée qu’une accumulation matérielle infinie est possible. Cette accumulation n’est pas destinée à répondre aux besoins de l’humanité mais à être concentrée dans les mains d’une poignée de capitalistes. C’est parce que ce développement économique est uniquement quantitatif et non qualitatif qu’il est insoutenable dans le cadre d’un monde fini.

 En omettant cette analyse, Latouche renverse la pyramide des responsabilités : ce n’est pas le mode de production qui « pourrit » le monde mais, l’homme, le consommateur final qui par sa surconsommation « pourrit » la planète. Il devient dès lors facile de parler de décroissance soutenable.

La décroissance : une notion réellement dangereuse

 Latouche prévoit des catastrophes humanitaires si nous n’adoptons pas le concept de décroissance économique soutenable car la capacité de charge de la terre est dépassée, écrit-il. Il induit une certaine pédagogie de la catastrophe. Alors, je pose cette question : combien de catastrophes et de destruction de vies humaines faudra t’il pour que les masses prennent conscience de la dangerosité du système capitaliste ? On peut donc en tirer comme conclusion que nous sommes « trop sur terre » tout comme l’ignoble individu qu’était Malthus l’avait fait auparavant. C’est en sens que le concept de décroissance économique soutenable est dangereux. Pour accepter les alternatives de consommation, les travailleurs devront accepter des dégâts considérables. Mais une fois, ces dégâts commis et le recul du niveau de vie acquis, la partie ne sera que remise. En ne supprimant pas le système de production capitaliste, ce concept de « décroissance économique soutenable » ne fait que reculer le problème : il recommencera, par sa soif de profit, à nous conduire à l’abîme. Est-ce que S.Latouche est prêt à condamner une partie de la population mondiale pour que de toute façon cela recommence ensuite ?

Nécessité du système socialiste ?

 Si la croissance du monde capitaliste est indéniablement une catastrophe, ce n’est pas par des mesures individuelles de « déconsommation » ou en faisant revenir le revenu par travailleur à celui des années 60, chose que revendique Latouche, que nous arriverons à empêcher les « catastrophes ». C’est bien par une mesure d’ordre collectif, le renversement du mode de production, que nous y arriverons. C’est en supprimant la propriété privée des moyens de production, que les travailleurs pourront intégré un concept de soutenabilité dans la production de biens de consommation.Marx écrivait aussi que « l’homme ne peut faire autrement que la nature elle-même ». C’est dans cette logique que le système socialiste est une nécessité. Puisque la propriété des moyens de production dans le socialisme est une propriété commune des travailleurs, la notion de profit disparaît ce qui conduit à une production harmonieuse. Supprimant la concurrence, la publicité (6% du PIB mondial), grand vecteur de gaspillage disparaît. Un plan public pour le développement des énergies renouvelables, le transfert des technologies non polluantes pour aider au développement du tiers-monde, le développement des transports publics et la disparition de la voiture individuelle, le développement d’une production basée sur les besoins de l’humanité deviendra possible puisque la notion de profit disparaît. Dans le cadre d’une propriété privée des moyens de production, tout cela est impossible.

 Seul un modèle socialiste est apte à respecter les « 2 seules sources de richesse : la nature et le travail ». Seul un modèle socialiste sera apte à un contrôle efficace de la croissance dans le cadre du respect de la nature et d’un monde fini. Ce n’est pas le quantitatif qui primera mais le qualitatif. Ce faisant, il sera possible de développer au mieux un autre type de croissance basée sur l’éducation la santé, le logement, l’éducation et l’épanouissement des travailleurs. , la qualité de vie et de l’environnement.

 Il est évident, si on veut " sauver " la terre qu'il faut renverser les rapports de production et, cela ne nous conduira pas au " retour à la bougie ".

Commentaires

Bien dit Belle critique camarade. D'ailleurs je ne peux que conseiller à tous ceux que ca interesse l'étude marxiste 51 "écologie et marxisme" qui renforce chiffres et faits à l'appui ce que tu résume ici.

Écrit par : Stany | 13/06/2008

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