19/05/2008

Le Mexique à contre-courant

 

pemex

Alors qu’un grand mouvement de lutte contre l’impérialisme et les multinationales s’accroît en Amérique latine, le gouvernement mexicain envisage la privatisation de sa société pétrolière, PEMEX, l’entreprise étatique du pétrole mexicain.

 A l’encontre du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur qui cherchent à distribuer les rentrées du pétrole et du gaz à leurs travailleurs, le gouvernement de droite avec à sa tête Felipe Calderon, envisage une privatisation partielle de la société pétrolière nationale.

 L’argument principal pour justifier ce retour en arrière est le besoin de capitaux pour rénover l’entreprise. Depuis 3 ans la production est en baisse constante ce qui fait dire à Jesus Reyes Heroles, directeur général de l’entreprise « Pemex fait face à une réelle détérioration technologique, financière et manque de ressources humaines pour exploiter la ressource naturelle ». La justification de la privatisation, aux yeux du gouvernement, trouve sa source dans l’autonomisation de l’entreprise pour contracter des projets avec le secteur privé afin de disposer d’un plus grand capital pour l’exploitation des bassins du Sud-Est et du Golfe du Mexique. Cette privatisation permettra aux multinationales de prendre le contrôle de la société d’Etat.

Le peuple exprime son désaccord

 Ce dimanche 4 mai 2008, une véritable marée humaine est descendue sur le centre de Mexico pour défendre l’entreprise nationale, symbole de la révolution et de la souveraineté mexicaine. L’appel pour cette manifestation provenait du mouvement pour la défense du pétrole formé, entre-autre par les partis progressistes qui soutiennent  Andrés Manuel López Obrador (AMLO), ancien maire de Mexico, qui avait perdu d’un cheveu les élections présidentielles – d’ailleurs frauduleuses - de 2006.

 Avant cette manifestation, pendant 16 jours, des femmes formant des brigades ont bloqué l’accès aux Parlement. Au mois d’avril, 46 parlementaires du PRD (Parti de la Révolution démocratique) ont entamé une grève de la faim, empêchant ainsi, la droite d’entériner la privatisation lors des sessions parlementaires.

 Toutes ces actions ont permis que la droite accepte une débat national sur le sujet. La gauche exigeant même l’organisation d’un référendum.

L’enjeu pour le peuple mexicain est de taille

 Le Mexique est le sixième producteur mondial de pétrole et le onzième en terme de réserves prouvées. De plus, sa frontière commune avec les USA, en fait le troisième fournisseur du pays de l’Oncle Sam, premier consommateur au monde de pétrole. On comprend mieux dès lors l’avidité des multinationales de voir cette société d’Etat tomber sous leur contrôle.

 L’entreprise, nationalisée en 1938 par le président Lazaro Cardenas, est « intouchable » pour les travailleurs du pays. En effet, ce n’est pas moins du tiers des revenus publics, soit 60 milliards de dollars, que rapporte PEMEX au peuple mexicain.

 Après avoir déjà perdu sa souveraineté alimentaire au profits des transnationales US, les travailleurs mexicains ne peuvent se permettent la perte de sa souveraineté pétrolière. López Obrador à d’ailleurs déclaré : «  le Mexique perdrait sa maîtrise des secteurs stratégiques que sont  l'exploration, le forage, le raffinage, la pétrochimie, le transport, les oléoducs et le stockage de produits pétroliers ».

Hugo Chavez et Lula Da Silva ont fait la proposition au gouvernement mexicain d’associer PEMEX aux entreprises pétrolières publiques et parapubliques de leur pays respectifs afin de l’aider dans son développement dans le cadre public. Le refus ou la non-réponse du Président Calderon, ancien ministre de l’énergie, ne l’oublions pas, a fait dire à Chavez « Calderon veut brader la souveraineté du Mexique et offrir la manne pétrolière à des personnes privées nationales et étrangères ".

La menace étasunienne sur l’Amérique Latine se précise

 Les Etats-Unis ont en Amérique latine deux points d’appui principaux, la Colombie du Président d’extrême droite Uribe et le Mexique de Calderon. Pour eux, il est impératif de briser la résistance populaire mexicaine. 

 Les attaques de la part des USA contre le processus anti-impérialiste de l’Amérique Latine se font de plus en plus grandes : les campagnes contre Chavez, le bombardement colombien en Equateur, les menaces pressantesde dislocation de la Bolivie, la mise en place ou plutôt remise en place de la IVe flotte US d’intervention dans la région.  c’est maintenant au tour du Mexique. Le grand capital US entend bien refaire de l’Amérique Latine son « jardin privé » en tentant de se réapproprier les ressources naturelles du sous-continent américain.

Source : Telesur, Benito Perez, Fidel Castro.

Les géants de la finance spéculent sur la famine

 

spéculation

Suite à la crise boursière, des géants de la finance conseillent à leurs clients d’investir dans les denrées alimentaires. Au risque d’affamer les gens.

 La spéculation est le fait d’acheter ou de vendre, en général en bourse, une quantité de marchandise. Cela peut-être de l’immobilier, des denrées alimentaires, des matières premières et même des produits financiers. En espérant que la valeur monétaire augmentera afin de revendre le produit avec un substantiel profit. La spéculation peut se faire dans divers secteurs économiques. Dans le cas des denrées alimentaires, cela se passe dans les bourses de commerce. La principale pour les céréales est celle de Chicago. C’est donc un véritable casino où le « trader » parie sur le coût futur des produits alimentaires. En faisant cela, les spéculateurs augmentent artificiellement la demande par rapport à l’offre ce qui fait littéralement gonfler les prix.

Comment cette situation a-t-elle pu se développer ?

 Les fonds d’investissement et les fonds de pension ne trouvant plus de profit sur le marché des actions suite à la crise boursière, se sont tournés vers le marché dit des valeurs refuges : les matières premières et les produits agricoles. Après la crise de la bourse du mois d’août, afin de sauver leur capital, les vautours de la finance se sont transformés en affameurs. Deux géants financiers Goldman-Sachs et Marc Faber écrivaient dans un courriel datant du 16 août 2007 que les prix agricoles étaient « attractifs » et conseillaient à tous leurs clients d’investir dans les denrées alimentaires (1). La spéculation était en route. Sur la télévision d’affaires Bloomberg, l’un d’eux a même déclaré avec un cynisme sans bornes « si nous vivons une récession mondiale, cela n’affectera pas l’alimentation car les gens mangent quand même » (2).

 En Belgique aussi, dès l’été dernier, Geert Naels de la firme Petercam Equities Agrivalue conseillait les gros portefeuilles de se tourner vers l’alimentaire. Depuis la production alimentaire jusque y compris la vente au consommateur. Donc y compris les entreprises qui exercent des activités utiles dans la chaîne alimentaire comme l’entreposage, le transport, l’emballage et le financement.
Ce type d’investissement contrôle donc toute la chaîne alimentaire et peut donc fixer les prix pour leur plus grand profit, quitte à affamer les travailleurs.


Le système capitaliste mis en cause

 Karl Marx avait déjà observé ces phénomènes au 19ème siècle lors des grandes crises agricoles qui tuaient par la faim un grand nombre de travailleurs européens, c’est donc bien un fondement du système capitaliste. Ces pratiques sont dignes des « accapareurs », car c’est une véritable manipulation qui contribue à créer une pénurie artificielle.


1 Nouvelle solidarité septembre 2007. • 2 Bloomberg 19 août 2007
   

Révoltes internationales contre la vie chère

 

crise alimentaire 1

Au Mexique, début 2007, de nombreuses émeutes contre le prix de la galette de maïs, plat de base de la cuisine mexicaine, avaient été réprimées dans la violence. Depuis les accords de libre-échange, ce pays a connu un exode massif des paysans vers la ville. 30% d’entre eux ont fait faillite car leur exploitation agricole n’étant plus rentable par rapport aux prix des importations venant des USA. Le Mexique est passé du statut de pays exportateur au statut de pays importateur. Il a perdu sa souveraineté alimentaire.

 Au Burkina-Faso, pendant une semaine en février 2008, le coût élevé de la vie a provoqué des émeutes dans trois grandes villes du pays. La hausse des produits de base est de 65%. Ces émeutes ont éclaté 15 jours après que le gouvernement eut annoncé des mesures « fermes » pour contrôler le prix des produits de base. On s’attendait à cette réaction a expliqué Laurent Ouédraogo, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs : « La misère n’attend pas ; les gens voient les prix augmenter chaque jour et ne savent pas quoi faire. C’est comme si on avait des allumettes près d’un morceau de coton, susceptible de prendre feu à tout moment ».

 La Côte d’Ivoire a aussi connu ce 31 mars 2008 une manifestation à Abidjan, la capitale, contre la vie chère fortement réprimée dans la violence. Les manifestants ont scandé « Nous avons faim, mettez un terme à nos souffrances », ou encore « La vie est trop chère, vous allez nous tuer », avant que la police anti-émeute ne balance des grenades lacrymogènes. Pour certains produits, les prix ont grimpé de pas moins de 30 ou 60 pour cent d’une semaine à l’autre. Malgré les appels à l’aide de la population, le gouvernement ne promet aucune mesure pour lutter contre la hausse des prix.

 En Haïti, des foules de manifestants affamés ont pris d’assaut le palais présidentiel à Port-au-Prince, la capitale, lors de manifestations relatives aux prix des denrées alimentaires. Ces émeutes ont provoqué la mort d’au moins 4 personnes.

 Au Yémen, les enfants ont défilé pour attirer l’attention sur leur faim.

 Des protestations ont aussi lieu depuis le début de l’année en Bolivie, Ouzbékistan, Indonésie. Le Pakistan doit se résoudre au rationnement alimentaire dans plusieurs villes et le gouvernement a interdit l’exportation de riz. Cela a entraîné de nombreuses protestations de la part de la population.

 En Argentine, les collectifs de citoyens se mobilisent pour réclamer que le gouvernement prennent des mesures contre la hausse des produits de base.

 L’impact commence aussi à se faire sentir dans les pays riches. Un blé plus cher a causé de grosses augmentations du prix des pâtes et du pain, en Italie, où les associations de consommateurs ont organisé une grève d’une journée qui a réduit la consommation de pâtes de 5% le 13 septembre 2007. En Grande-Bretagne, le prix du pain augmente parallèlement à celui du blé. Outre l’Italie, la vague de grève et de manifestations a balayé la Belgique, la France, l’Allemagne, le Portugal. Aux USA, la distribution des bons alimentaires aux plus pauvres a doublé depuis début janvier.