07/03/2008

Sommes-nous en crise économique?

 

1.La bourse en crise, en quoi cela nous concerne-t-il ?

 La semaine dernière, la valeur des actions (les parts d'une entreprise qui peuvent être achetées en Bourse) a chuté fortement sur les places financières.

 Beaucoup ont vendu leurs actions parce qu'ils pensent que ces entreprises vont faire moins de bénéfices dans la période qui vient et que donc la valeur des entreprises va chuter.

  Quand il y a plus de vendeurs que d'acheteurs, les prix des actions baissent. Aujourd'hui, les propriétaires d'actions pensent que les Etats-Unis vont connaître une récession économique : c'est-à-dire que la production de biens va reculer, au lieu de croître.

 Si le cours des actions en Bourse descend, c'est un indicateur que la confiance dans l'économie diminue. Si cela ne baisse pas trop, cela n'a pas d'impact immédiat. Mais si ça chute fort, alors ce sera une indication pour les patrons : c'est le moment de restructurer. Car dans la logique de notre système, qui dit prévisions de bénéfices en baisse, dit nécessité pour les patrons de diminuer les coûts.

 Or, aujourd'hui, il y a de fortes indications pour dire que la chute peut se développer dans les mois à venir : le milliardaire Soros parle de la plus grave crise financière depuis 60 ans.

2.En quoi cette crise influence-t' elle l' économie réelle?

 La crise actuelle peut avoir des conséquences mondiales parce qu'elle touche l'incontestable numéro un économique dans le monde : les Etats-Unis.

 La croissance économique aux Etats-Unis dépend à 70 % de la consommation des ménages américains. La crise en cours fait que les biens financiers (les actions) et les biens immobiliers (les maisons) des ménages américains vont être réduits drastiquement. Le pouvoir d'achat des Américains va diminuer, ils achèteront moins. Ce qui devrait aboutir à une baisse de la production de biens et à une diminution de l'emploi et une hausse du chômage outre-Atlantique.

 Comme toute l'économie mondiale est liée à l'économie américaine (par le commerce extérieur, par les capitaux placés, par le dollar et son utilisation généralisée dans le monde), tous les grands blocs économiques (l'Union européenne, le Japon, la Chine,...) dépendent de l'exportation de leurs marchandises vers les Etats-Unis.

 Si leurs exportations diminuent, ils connaîtront une surproduction (on ne peut plus vendre tout ce qui est produit) ce qui aboutira à une réduction de la croissance, des bénéfices et des emplois.

3.Quelles sont les causes de cette crise financière?

 L'origine de la crise actuelle se trouve d'abord dans la crise du marché immobilier (les maisons) américain qui a éclaté en août dernier. Tout a commencé avec le besoin des ménages américains de construire des maisons pour se loger. Le problème c'est que la plupart d'entre eux n'ont pas l'argent nécessaire pour faire face à une telle dépense. Ils sont donc obligés d'emprunter à la banque. Mais seuls ceux qui ont des revenus suffisants peuvent effectuer l'opération. De ce fait, il y a trop de logements par rapport à ce que la population peut payer. Il y a surcapacité d'habitations, non par rapport aux besoins des gens mais par rapport à ce qu'ils peuvent acheter.

 Pour résoudre cette difficulté, les banques ont offert un nouveau produit (type de prêt) début des années 2000 y compris à des ménages pauvres: ce ne sont plus leurs fonds qu'elles prêtent, mais ceux des marchés financiers où agissent des fonds spéculatifs.

 De ce fait, on injecte de l'argent supplémentaire dans le système économique pour le faire fonctionner et pour pouvoir construire de nouvelles maisons. Le marché immobilier attire ainsi des sociétés spéculatives qui vont alimenter sa croissance. À ce moment, tout le monde semble s'enrichir :

- le ménage mal rémunéré qui détient sa maison,

- la banque qui lui a prêté,

- les différentes sociétés spéculatives qui ont placé cet argent en Bourse.

 Mais il y a plus. La maison, mais aussi les actions détenues par les ménages américains (la moitié des ménages en détiennent) servent de garantie pour des emprunts à la consommation pour acheter des voitures par exemple. Cela a maintenu artificiellement la consommation.

Évidemment, tout crédit doit être remboursé. Or, depuis des années, les salaires stagnent. Tant que ses actions et la  valeur de sa maison montaient, le travailleur n'éprouvait aucune difficulté à rembourser ses prêts. Mais la machine s'est grippée l'an dernier. Les valeurs des actions ont chuté. Résultat : le travailleur se retrouve avec son seul salaire pour rembourser. Ce qui est souvent impossible. Il doit revendre sa maison en dessous de sa valeur et il ne peut pas rembourser ses dettes.

 Les prêteurs connaissent alors de grandes difficultés y compris les grandes banques. Ainsi des géants bancaires américains comme Merril Lynch et Citibank ont du être sauvés par des fonds contrôlés par des Etats étrangers (du Golfe et de Chine) .

 Pire : comme les banques ne savent plus quelle est la santé financière de leurs concurrents, elles ne se prêtent plus entre elles. Les crédits deviennent plus rares et cela pèse sur les prêts aux entreprises. Ce qui provoque la crise financière actuelle. Les pertes totales pour les grandes banques devraient dépasser les 600 milliards de dollars, plus de 400 milliards d'euros.

 Mais ce sont surtout les travailleurs US qui ont payé la note : 1 500 000 ont déjà été expulsés de leur maison. Et on attend pour mars 2008, date du pic des défauts de paiements, plus de 3 millions d'expulsés !

 4.Pourquoi a-t-on encouragé, aux Etats-Unis d'abord, ailleurs ensuite, le développement phénoménal des Bourses ?

 Il faut remonter à 1973. À cette époque, il y a eu ce que l'on appelle une crise de surproduction au niveau mondial. Un certain nombre de secteurs ne pouvaient plus écouler l'ensemble des marchandises qu'ils produisaient. Il y a trop de produits par rapport à ce que les gens sont capables d'acheter. C'était le cas dans le secteur automobile, la sidérurgie, un certain nombre de secteurs-clés qui ont un impact sur les autres secteurs.

 Progressivement, pour sortir de cette crise, la politique américaine a été notamment de favoriser la mise en place de mécanismes financiers pour pouvoir augmenter le pouvoir d'achat de la partie la plus aisée de la population.

 En favorisant le développement de la Bourse, les ménages américains (dont plus de 50 %, contrairement à l'Europe, possèdent des actions) ont commencé à consommer davantage mais à partir d'un endettement de plus en plus important. Cet endettement a été garanti par la hausse des actions.

 A la fin des années 90, ce développement boursier américain a été artificiellement boosté par des masses de capitaux prêtés par d'autres blocs économiques.

 Depuis 1997, les capitaux ont fui des pays asiatiques pour aller se placer aux Etats-Unis. Ils ont d'abord alimenté le secteur des nouvelles technologies. Du coup, les propriétaires de capitaux du monde entier ont acheté massivement des actions des nouvelles entreprises technologiques (Internet). Puis, le marché des actions surévalué a crashé en 2000-2001. Les actifs financiers (actions, épargne,...) des ménages ont chuté d'environ 5 000 milliards de dollars aux Etats-Unis.

 On a alors diminué les taux d'intérêt et accordé des crédits à 1 % dans le but de relancer les investissements dans l'économie réelle. Mais ça ne fonctionne pas, au contraire, ce sont les particuliers qui en profitent pour s'endetter et acheter des résidences dont le prix ne cesse d'augmenter... avant qu'à son tour ce marché s'effondre.

 On peut dire que depuis 1973 jusqu'à maintenant les Etats-Unis ont pu vivre ainsi artificiellement au-dessus de leurs moyens.

 5.Pourquoi le dollar est-il si important ?

 Les USA ont pu vivre au-dessus de leurs moyens parce que le dollar est jusqu'à maintenant, le moyen de paiement internationalement accepté.

 Ainsi, 86 % des échanges concernent le dollar, 55 % du commerce international est libellé en dollars, tout le pétrole est libellé en dollars et 2/3 des avoirs des banques centrales sont du dollar. Tout le monde doit acheter des dollars pour financer ses transactions internationales et cela faisait rentrer des devises dans le pays. Cela risque de changer car cette crise pose la question de la valeur du dollar. Une remise en cause du dollar implique une dévalorisation économique des Etats-Unis et, de ce fait, une remise en cause de son pouvoir économique.

 Car si le dollar chute, tout ce système s'effondre. C'est pour éviter cela que la plupart des grands États soutiennent le dollar.

 6.Pourquoi les banques centrales injectent-elles de l'argent sur les marchés financiers ?

 En août dernier, des banques importantes ont plongé puisqu'elles étaient incapables de récupérer leur argent.

 Cela a obligé les banques centrales des Etats à injecter de l'argent à coût très bas dans l'économie (faute de quoi les faillites de banques auraient été beaucoup plus importantes).

 Avec la crise financière, la méfiance s'est généralisée : l'opacité du système est complète, les banques ne veulent plus se prêter les unes aux autres. Si les banques n'ont plus confiance entre elles, il n'y a plus d'échanges interbancaires. L'intervention des banques centrales est donc d'assurer que ces banques ont quand même de l'argent liquide.

 Les banques centrales européennes et asiatiques vont sans doute injecter de l'argent dans les prochains mois pour soutenir le dollar pour éviter que la crise devienne plus profonde. Cela veut dire que le reste du monde va injecter des capitaux aux Etats-Unis pour soutenir le dollar, avec l'espoir que la consommation aux Etats-Unis va reprendre. Mais cette relance éventuelle sera provisoire.

 Une autre possibilité pourrait être une fuite en avant des Etats-Unis, par exemple dans la guerre, afin de réaffirmer leur autorité et leur hégémonie économique sur le monde.

 7.Comment la grande finance veut-elle nous faire payer cette crise ?

 Bien que la crise frappe en premier lieu les Etats-Unis, il y a de fortes chances pour qu'elle se répercute en Europe. Pourquoi ?

A. Les marchés financiers, dont les acteurs sont les mêmes partout dans le monde, sont liés entre eux.

B. La situation des marchés immobiliers (en chute dans certains pays européens comme en Espagne, en Irlande et en Grande-Bretagne), fait craindre une crise immobilière comparable à celle des USA. Des gens devront vendre leurs maisons et rembourser leurs dettes. Ce qui provoquera des problèmes dans le secteur du bâtiment.

C. Certaines banques européennes qui ont investi aux Etats-Unis (et en particulier dans l'immobilier) risquent de lourdes pertes financières, voire la faillite. Par exemple, la cinquième banque anglaise l'est quasiment et les banques allemandes sont très mal prises. En Belgique, on parle de menaces sur Fortis, ce qui aura bien sûr une répercussion sur le reste de l'économie.

D. La réduction de la consommation aux Etats-Unis va réduire l'activité économique avec des problèmes d'emploi pour les entreprises européennes qui exportent outre-Atlantique.

E. L'Europe et l'Asie risquent de devoir se serrer la ceinture pour éviter la chute du dollar et ce que cela entraîne. Cela signifie que de l'argent qui pouvait servir à la croissance de ces pays va servir à limiter les dégâts de la chute du dollar. Des sommes colossales qui pourraient servir au social vont être détournées pour sauver les marchés financiers et le dollar.

8.Cette crise est-elle due à des excès du système ou le système économique lui-même est-il en cause ?

 Cette crise découle de la crise de surproduction généralisée que nous connaissons depuis 1970. Pour augmenter leurs bénéfices, les grands actionnaires (les capitalistes qui possèdent des millions d'actions) ont maintenu les salaires aussi bas que possible.

 La part des salaires a chuté ainsi de 15 % dans la production mondiale de richesse. Cela explique largement le déséquilibre entre la production de biens et la possibilité de les acheter. L'offre de biens de consommation dépasse alors le pouvoir d'achat des travailleurs.

 Le système a tenu jusque maintenant grâce au crédit. Ce crédit a poussé les travailleurs américains à consommer. Mais ce crédit a surévalué les capacités du marché à absorber la production de marchandises, en postposant l'effet de la surproduction au moment du remboursement du crédit. Comme les capitaux ne peuvent être suffisamment investis dans la production au vu de la surproduction régnante, ceux-ci se sont tournés vers les bourses et l'activité commerciale.

 Or, ces capitaux n'ont créé aucune richesse, ils ne reposent sur rien sauf sur un Himalaya de dettes. Il est donc normal que le château de cartes s'écroule tôt ou tard, c'est ce que nous pourrions vivre dans les prochains mois.

 C'est donc le système économique capitaliste lui-même qui est en cause et qu'il faut remettre radicalement en cause pour que les gens passent avant la Bourse et ses profits...


Pour en savoir plus :

Vous pouvez inviter Henri Houben, François Ferrara ou un autre orateur du PTB à donner une conférence-débat sur la crise actuelle Renseignements : docu@marx.be et 02/5040144


retour au début de l'article

Les commentaires sont fermés.