23/09/2007

Le « subprime » ou l’expropriation du travailleur

 

subprimes

 Nous avons tous entendu parler de la crise de l’immobilier aux USA due aux fameux « subprimes » et de ses conséquences sur l’économie mondiale entraînant une chute importante de la bourse et des faillites en cascade de banques. Mais qu’elles sont les répercussions pour le travailleur ? Qu’est le « Subprime » ?

 

 Le nom complet de ce type de crédit hypothécaire est « subprime mortgage ».

 " Subprime " parce qu’il est accordé à un emprunteur qui n’offre pas les garanties nécessaires, vu leurs faibles revenus, avec des taux variables (c’est important), peu élevés les 2 premières années et ensuite très élevés ce qui apporte de gros bénéfices au prêteur. Ces prêts sont accordés pour de longues périodes : 40 ou 50 ans. Le profit important sur de longue période explique l’empressement des banques US à les généraliser. Celles-ci notent leurs clients en subprime, prime et non-prime. Le risque de non remboursement du candidat emprunteur est coté suivant le système du « crédit scoring », une cotation en point qui évalue l’ âge, la profession, l’adresse, le revenu, la situation familiale,la  totalité des crédits en cours, l’historique de défaut de remboursement, parfois même extrait de casier judiciaire. Ce « credit » scoring » est élaboré par des bureaux privés dont le plus célèbre est Fico. Si le client se révèle être défaillant, c’est à dire lorsque son score est inférieur à 620, il est placé dans la catégorie subprime. La catégorie prime concerne les clients avec peu de risque cotés à 650, et les non-primes sont les candidats présentant une solvabilité absolue, autrement dit, les riches. Donc, le « subprime » s’adresse en premier lieu à des pauvres ou des workings poors (1). On estime à 25%, le nombre d’Américains ayant contracté un « subprime ».

" Mortgage " (2) car ce mot découle du vieux français. C’était une servitude féodale qui contraignait le paysan à un endettement à vie. D’ou « Mort Gage » (3).

Origine des ces prêts

 Depuis Reagan et maintenant Bush, le but de l’administration US était de faire de chaque travailleur américain le propriétaire de son logement. Un des slogans électoraux De G.W. Bush était : « ownership property », la société des propriétaires. Grâce à une réforme des crédits hypothécaires et une déréglementation de deux institutions nationales du crédit (4), les familles US ont pu s’endetter très facilement. A partir de là, la protection par la loi du travailleur a cessé. Cette loi, tout comme actuellement en Belgique, empêchait une personne non solvable d’avoir un crédit. Mais les banques ont rendu ces prêts très attractifs : accordés, au début, pour 30 ans, on ne remboursait que les intérêts les 2 premières années, d’autant plus attrayant que ces taux étaient plus bas que le taux officiel. Après ces 2 ans, les taux variables pouvaient grimper de 5 fois.

 Au début ces prêts servaient essentiellement à acquérir des logements très modestes mais ensuite, ils ont surtout permis de maintenir à un haut niveau de consommation les ménages d’outre-atlantique, condition sine qua non, pour tenir l’économie américaine la tête hors de l’eau et doper ainsi faussement la croissance. En effet, ils sont accordés non seulement pour l’acquisition de logements mais aussi comme crédit à la consommation en plaçant celui-ci en gage. Cette garantie peut-être en 1er, second ou même 3ème rang. La banque qui possède l’hypothèque en 1er rang peut faire vendre le bien dès qu’il y a non remboursement. Celle en second rang doit attendre la fin de la première hypothèque et la troisième attend la fin de la première et de la seconde. Il est donc facile de deviner la hauteur des taux d’intérêts qu’appliquent les banques qui n’ont pas l’hypothèque de 1er rang. Il faut noter que les impôts, aux USA comme en Belgique, sont prioritaires sur n’importe quels créanciers : l’administration fiscale, en cas de dettes envers elle, peut toujours faire vendre en vente forcée, le logement du contribuable même si la maison n’est pas remboursée dans sa totalité !!!

La situation actuelle

  Les familles arrivaient à s’en sortir car, vu la hausse importante du prix de l’immobilier, il leur suffisait de revendre leur bien pour rembourser le capital avec un petit bonus à la clé.  De même certains mettent leur logement, dans une proportion de 5%, en location pour le montant du remboursement mensuel et vivent dans leur caravane, voir leur voiture.

Mais 3 éléments, propre à la crise capitaliste allaient venir « enrayer la machine ».  Les salaires stagnent, voir en baisse, la hausse des taux d’intérêts et la baisse des valeurs immobilières.

  Comme ces dernières années les taux directeurs (5) de la banque centrale américaine sont montés 17 fois, les taux variables de ces prêts se sont envolés : 4 points en 2 ans, et que les salaires stagnent, les familles de travailleurs se sont mis à revendre. Cette augmentation de l’offre immobilière conjuguée à une demande moindre vu la stagnation des revenus a eu pour conséquence une forte baisse de la valeur des logements. La catastrophe pour de nombreuses familles : impossible de revendre au montant du prêt (la valeur des logements a chuté) et impossible de rembourser (les taux ont grimpés et les salaires n’ont pas suivi).

La suite est facile à imaginer : de plus en plus de familles sont expulsées de leur logement sans toutefois être libérées du remboursement. En effet, la revente du bien après la saisie, s’avère être bien inférieur au montant du prêt plus ses intérêts. Exproprié de son logement et endetté à vie, nombreux sont ceux qui se retrouvent en état «  de servitude à vie » devant leur banque. Le salaire du travailleur qui se retrouve dans cette situation, ne sert plus qu’à rembourser. On estime à plusieurs millions, sur les dizaines millions d’emprunteurs à qui les banques ne demandaient pas de justifier leurs revenus, les victimes de cette crise (6). Il leur reste à vivre dans les camps de mobil-homes qui fleurissent à la périphérie des grandes villes américaines. Comme ces immeubles se retrouvent vendables à très bas prix, des sociétés se sont spécialisées pour les racheter et les mettrent en location. Le comble : il arrive que ces logements soient loués à ceux qui en ont étés expulsés !!!  Le rêve américain s’est transformé en cauchemar !!

Là où les économistes capitalistes parlent d’erreurs, de décrochage, d’instabilité du système ou manque de sagesse des spéculateurs, on y voit le fondement même du système : la recherche du profit à outrance même si cela passe par des procédés sans scrupules, sans éthiques voir même à la limite de la légalité. Ces acteurs, les banquiers, qui se présentent sous des couverts respectables, spéculent à mort sur les plus pauvres. L’expansion du marché est une condition de survie du capitalisme. Le système capitaliste ne peut donc mener qu’à l’expropriation du travailleur. En transformant artificiellement le travailleur en « propriétaire »(on n’est pas vraiment propriétaire si on rembourse toute sa vie), il lui reprend son salaire sous forme de prêts fonciers et d’intérêts remboursable à vie. C’est au moment même où le capitaliste « permet » au salarié d’être propriétaire que se termine, pour le travailleur, le processus de son expropriation et qu’il devient pauvre pour toute sa vie. Le cercle est refermé (voir encart). La crise du « Subprime » n’est donc pas un avatar ou une escroquerie de délinquants mais fait partie de la structure même du système capitaliste.

Et en Belgique ?

  Dans notre pays, avec la hausse ininterrompue de l’immobilier depuis 10 ans et, la baisse effective des salaires par rapport au coût de la vie due, entre autre,  à la non indexation réelle des salaires et tous les procédés visant à freiner les salaires, il devient de plus en plus difficile pour les travailleurs d’acquérir leur logement. En effet, Le prix moyen d’un logement est de 160.000 euros. Ce prix est monté en moyenne de 50% lors des quatre dernières années, avez-vous vu une étude d’ Immotheker réalisée pour Het niewsblad, conclu qu’il est devenu pratiquement impossible pour une personne seule d’avoir un prêt hypothécaire, ainsi que pour près de la moitié des couples à deux revenus. En 2003 la proportion de couples capables d’acheter leur maison était de 66% et celle des isolés de 14,2%. Cette possibilité est descendue à 50% pour les couples et à 6,3% pour les personnes seules. Encore que dans bien des cas l’aide des parents est nécessaire sous forme de capital de départ ou sous forme d’aval du prêt. Dans ce cas, les parents mettent leur propre maison en gage pour le crédit hypothécaire de leur enfant. Sachant que pour la génération actuelle, il est de plus en plus difficile de mettre de côté, il deviendra pratiquement impossible aux travailleurs actuels d’aider leur propre enfant.

 Vu la chute générale des revenus, une des solutions avancées par les banques belges pour quand même accorder des prêts est d’allonger la durée des prêts hypothécaires. Si on rembourse plus longtemps on rembourse moins par mois, mais, la somme totale remboursée sera beaucoup plus importante. La durée moyenne des prêts était de 20 ans mais est maintenant de 25 ans avec une proportion, encore petite de 30 ans. Les prêts à 40 ans sont encore fort peu nombreux car la loi oblige que la totalité du prêt soit remboursé avant l’âge de la pension. Il est vrai que ces prêts de 40 ans sont de plus en plus nombreux en France et en Italie. Il est intéressant de suivre cette évolution avec attention.

Pareille situation peut-elle arriver en Belgique ?

  Avec notre législation actuelle, on peut dire que des prêts « subprime » sous la forme américaine sont impossibles à accorder. Même si les emprunteurs sont aussi sujets au « credit scoring », la loi interdit de prêter aux travailleurs qui n’ont pas le score minimum. Donc, en principe, la solvabilité (la capacité à rembourser) du travailleur doit être prouvée. De même, les taux variables, contrairement aux USA, ne peuvent généralement être revus à la baisse ou à la hausse que tous les 5 ans et dans une marge de -2% à +2%. Mais il y a un hic : lorsque le chômage, la maladie ou le divorce entre en jeu. C’est très souvent le cas des travailleurs se trouvant en situation de non remboursement car rien n’est prévu si les revenus du ménage viennent à chuter à cause de vicissitudes malheureuses de la vie. La loi devrait prévoir une sorte de moratoire dans tels cas. Les mensualités devraient être automatiquement adaptées aux nouveaux revenus. De même en cas de grève de longue durée dans son entreprise, le travailleur devrait voir ses mensualités reportées à la fin du conflit.

 Cette impossibilité croissante d’acquérir une maison et le manque chronique de logements sociaux poussent les travailleurs à se tourner vers le privé (la location) avec comme conséquence la hausse vertigineuse des loyers vu que la demande de logements décents dépasse fortement l’offre. Raison pour laquelle on voit fleurir dans les grandes villes les logements insalubres proposés par les marchands de sommeil. Ceux-ci n’étant en fait qu’une des conséquences du système capitaliste lui-même.

Il était pourtant possible d’éviter cela

 En Belgique, à l'origine, la possibilité pour le travailleur de devenir propriétaire de son logement a été donné par la classe politique catholique qui y voyait un moyen de ne pas investir dans des logements sociaux. C'était surtout un moyen de diminuer la responsabilité de l'état en matière de logement et de créer un marché juteux pour le capitalisme. En effet, si l’état mettait à disposition du travailleur des logements sociaux de bonne qualité en suffisance, beaucoup n’achèteraient pas leur maison privant du même coup la manne de profit qu’engendrent les intérêts des prêts hypothécaires.

 

(1) Travailleurs déclarés à très bas revenus. En voie de généralisation dans tous les pays capitalistes. Les revenus de ces travailleurs ne suffisent pas à mener une vie digne.

(2) Les banques spécialisées dans ces crédits hypothécaires incorpore d’ailleurs le terme dans son nom. Par ex : American home mortage.
(3) On voit dans le nom même la finalité de ce type de prêt.

(4) Fanny Mae et Freddy Mac : mastodontes parapublics des prêts immobiliers US qui pèsent plus de 50% du marché des prêts immobiliers aux Etats-Unis. En fait, la loi américaine n’oblige plus à posséder les 20% du capital pour acquérir le bien immobilier. Seule le bien servait de gage en cas de cessation de paiement.
 Attention même si ce sont des organismes parapubliques, une partie du capital est privé. Par ex Fanny Mae : -AXA 4.5%,Bank of America 1.7%,Barklays 5.1%, Fidelity 8%,Capital Research 6.9%. Freddy Mac : AXA 4.7%,Barclays 4.6%,Allianz 2.4%,Fidelity 7.9%,Goldman Sachs 3.3%. Il est facile d’imaginer les pressions qu’on pu faire ces banques privées pour faire changer la loi.

(5) Taux d’intérêts au jour le jour fixés par les banques centrales d’un pays ou d’une union monétaire afin de réguler l’activité économique. Par ex : comme les banques empruntent entre elles ou à la banque centrale, leur taux d’intérêts appliqués à leurs clients doivent être forcément plus haut que ceux de la banque centrale afin de réaliser des bénéfices.
(6) On estime à 1,25 millions de ménages US en cessation de paiement en 2006. Ce chiffre fatalement sera en augmentation en 2007.

Encart :

Il impossible de comprendre le lien social irrationnel du monde de production capitaliste qui lie la montée des taux d’intérêts et la hausse de la valeur des biens immobiliers sans revenir à la théorie de la rente foncière. Le prix foncier est formé par la capitalisation de la rente foncière. Autrement dit le loyer moyen est l’intérêt du capital représenté par le prix du bien immobilier. Cela se comprend aisément dans le fermage mais apparaît moins clairement dans le cas de l’acquisition du logement. Etrange mais mathématique : si les taux montent, le prix immobilier baissent et l’inverse est vrai aussi. En fait moins un bien immobilier est cher plus l’intérêt est grand. Lorsque le marché de l’immobilier est bas, les taux sont hauts et sur base d’un remboursement en 20 ans, vous rembourserez au total une somme plus importante que si vous achetez un bien devenu cher lorsque le marché immobilier est en hausse. Le système capitaliste fera alors descendre les taux d’intérêts afin de continuer à vendre et au final, toujours sur base d’un remboursement en 20 ans, vous aurez remboursé moins que lorsque le marché est en baisse. De même, Marx, dans la théorie de la plus-value nous dit ceci : sans la propriété foncière, "Une condition de production tout à fait essentielle, et -à part l’homme et son travail- la seule condition de production originelle, ne pourrait pas être cédée, ne pourrait pas être appropriée et, partant, elle ne pourrait faire face à l’ouvrier comme propriété d’autrui ni faire de lui un salarié. (...) De fait, la production capitaliste en général aurait cessé d’exister." (Marx, Théorie sur la plus-value). La propriété foncière, est en fait l’expropriation des travailleurs de sa terre et de son habitat. C’est bien, même à travers cette crise du subprime, la propriété privée des moyens de production dans les mains d’une poignée de capitalistes qui est la cause de l’expropriation de l’homme.

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Commentaires

où peut-on trouver des infos supplémentaires sur cet aspect du problème car on ne nous parle jamais que de la bourse?

Écrit par : coquelicot | 25/09/2007

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