18/05/2007

1er MAI : toute son histoire

Le XIXe siècle voit la naissance de la classe ouvrière. La prolétarisation du travail se développe au fur et à mesure que le machinisme industriel vient remplacer les anciennes formes de production. Les employeurs sont les maîtres absolus des entreprises et les conditions de travail sont misérables. Les journées de travail comportent souvent 15 à 16 heures par jour sans repos hebdomadaire et encore moins annuel. Des enfants de 6 ans travaillent souvent dans les usines et les mines, des femmes sont employées au fond de la mine et à des travaux pénibles et insalubres. Les ouvriers n'ont pas le droit de s'organiser.

Le "droit de coalition" est seulement reconnu en 1824 en Grande-Bretagne, en 1864 en France (mais il faudra attendre 1884 pour le syndicalisme), en 1869 en Allemagne. Dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu'à la première guerre mondiale, la population industrielle continue de croître constamment. Entre 1895 et 1914, le nombre d'ouvriers passe de 5 à 7 millions aux États-Unis, de 8 à 12.500.000 en Grande-Bretagne, de 3 à 4.500.000 en Russie. En France, la population ouvrière était en 1866 de 5.575.000 hommes et 3.385.000 femmes.

La révolte des "Canuts":

Le 21 novembre 1831 a lieu la première révolte des "Canuts" de Lyon qui occupent la ville au cri de "Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !". La monarchie française envoie 20.000 hommes de troupe et 150 canons pour réprimer "l'émeute". C'est à cette époque que le ministre français Casimir Périer déclarait: "Il faut que les ouvriers sachent bien qu'il n'y a pas d’autres  remède pour eux que la patience et la résignation !".

Le 14 février 1834, nouvelle insurrection des "Canuts". Ils occupent les hauteurs de Lyon et feront face pendant 6 jours à 12.000 soldats.

En 1840 d'importantes grèves corporatives se déroulent en France. Le 22 février 1848 manifestation monstre à Paris et chute de la monarchie. Mise en place d'un gouvernement provisoire avec des démocrates et quelques socialistes. Le 23 juin 1848, insurrection des quartiers populaires de la capitale contre une seconde République dominée par la bourgeoisie. La répression sera terrible : des dizaines de milliers de travailleurs hommes, femmes, enfants, vieillards, massacrés, 25.000 arrestations, 15.000 déportés et emprisonnés.

A partir de 1848, les dirigeants ouvriers axent leurs revendications sur la journée de 8 heures, comprise dans une perspective d'éducation ouvrière : 8 heures de travail, 8 heures de repos, 8 heures d'éducation. En 1886, le Congrès National du Travail, aux États-Unis, marque sa volonté d'obtenir ce résultat.

"Avec la journée des huit heures, l' ouvrier cesse d' être un simple instrument de travail pour commencer à devenir un homme. Une pareille raison vaut la lutte".

1848, est créée la Première Internationale Ouvrière et dans les pays industriels, malgré des difficultés énormes, le syndicalisme commence à s'organiser.

La Commune: 

Le 19 mars 1871, à la suite de la guerre franco-allemande de 1870, une révolte populaire éclate à Paris. La Commune de Paris est créée. Elle sera écrasée quelques semaines plus tard par l'alliance des bourgeoisies française et allemande avec Thiers et Bismarck. 25.000 travailleurs parisiens seront massacrés par les forces de répression, les cadavres seront brûlés, 38.500 arrestations seront opérées, 13.700 seront condamnés à des peines allant jusqu'à 90 années de prison, 3.000 mourront dans les pontons, la prison, le bagne et l'exil.

Durant les années 1873-1895 les crises continuent à provoquer des grèves violentes. En 1873, en Angleterre et surtout en 1899 à Londres où les dockers arrêtent tout travail. En Allemagne, grèves et manifestations des travailleurs de la Ruhr. En France, où le sang coule à Decazeville en 1886.

 En 1886 également, en Belgique révoltes populaires et fusillades les ouvriers wallons (Belgique) révoltés contre les misères atroces engendrées par le chômage expérimentent pour la première fois, spontanément, la pratique de la grève générale. Une action noyée dans le sang des fusillés de ROUX, de CARNIERES, de MONCEAU, de SERAING...

 

Le Congrès de CHICAGO (1884): 

 

Une loi de 1868, relative aux seuls travaux dirigés par l'État américain n'est pas appliquée. Aussi, en 1881, la Fédération américaine du Travail (A.F.L.) décide de passer à l'action. Le Congrès de Chicago de 1884 décide qu'à partir du 1er Mai (date du renouvellement des baux) de l'année 1886, ou bien les patrons accepteront la journée de 8 heures ou bien les ouvriers feront grève...

En 1886, plus de 5.000 grèves eurent lieu (avec un massacre sanglant de travailleurs à Chicago) et si le résultat ne fut pas obtenu partout aux États-Unis, du moins, la percée était-elle faite. C'est l'origine des Manifestations du Ier Mai.

En 1889, le Congrès socialiste international décide que dans tous les pays, représentés, on interrompra le travail le 1er Mai 1890. Première manifestation commune d'unité d'action internationale des travailleurs. En France, celle-ci se déroula dans un calme impressionnant et eut un effet immédiat : suppression du livret ouvrier, limitation à 10 heures de la journée de travail pour les femmes et les adolescentes, loi sur les accidents de travail, projet de loi sur les retraites ouvrières.

 Le Congrès de Paris n' avait pas décrété le renouvellement annuel de semblable manifestation. Mais, devant le succès remporté, les congrès nationaux des différents pays prirent eux-mêmes cette décision qui fut officiellement entérinée au congrès international de Bruxelles en 1891.

 

La fusillade de FOURMIES: 

 Le 1er mai 1891, est marquée par la fusillade de Fourmies (Nord). La troupe fait feu sur un cortège pacifique de jeunes gens et de jeunes filles désarmés qui voulaient fêter le  1er Mai. Plus d'une douzaine de morts. De nombreux 1ers Mai seront marqués par des violences contre les travailleurs dans un certain nombre de pays du monde.

Ainsi, en France 1919, les cortèges des travailleurs sont permis le 1er mai. Permis certes, mais le travailleur continue à perdre son salaire du jour. S' il est fonctionnaire de l' Etat, il encourt le renvoi pour avoir participé à une manifestation.

En France la journée de 8 heures ayant été accordée par la loi du 23 avril 1919, le 1er Mai est l'objet de manifestations monstres dans le pays. A Paris, les manifestants se heurtent à la police et deux ouvriers sont tués.

1920, le monde du travail arrache enfin les Trois Huit: huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de sommeil. Il aura donc fallu attendre 34 ans (Congrès de Chicago)  pour voir se concrétiser l' objectif du 1er mai. Cela après bien des grèves, après bien des victimes

Libérer les travailleurs:

Bien que le 1er Mai ait souvent perdu son caractère de grève, dans la mesure où ce jour est devenu un jour férié et payé, les organisations ouvrières ont toujours voulu lui maintenir son caractère de manifestation pour la libération des travailleurs.